Gérard Bontemps veut sauver les papetiers des quotas de CO2

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Gérard Bontemps n'a pas le profil d'un lobbyiste classique. Pourtant, cet ingénieur de 59 ans, qui a fait toute sa carrière dans l'ex-filiale papier de Saint-Gobain, dans le Sud-Ouest, s'attaque avec ardeur à plusieurs dossiers qui assombrissent, selon lui, l'avenir de l'industrie papetière hexagonale, déjà très ébranlée par des années de crise. Élu avant l'été à la tête de la discrète mais très influente Copacel (Confédération française de l'industrie des papiers, cartons et celluloses), l'actuel patron de l'entité française du canadien Tembec, multiplie les rendez-vous dans les antichambres ministérielles et parlementaires.À peine arrivé à ses nouvelles fonctions, Gérard Bontemps peut se féliciter de récolter le fruit d'un travail de persuasion de longue haleine : la pérennisation d'une dérogation, octroyée après la tempête de 1999, autorisant le transport de " bois rond " par des camions de 57 tonnes (et non pas 40). " Cette mesure permet de diviser par deux le coût du transport de bois à la tonne ", se réjouit le nouveau président de la Copacel. La publication de ce décret, pour lequel milite depuis des années toute la profession forestière ardemment soutenue par leurs élus locaux, est imminente.Gérard Bontemps va pouvoir se consacrer à un dossier crucial : la " menace " que font peser les quotas de CO2 sur l'industrie papetière. " Si le dispositif prévu pour la période 2013-2020 est maintenu en l'état, cela entraînera la disparition de nombre d'entre nous ", n'hésite-t-il pas à affirmer. Comme leurs collègues sidérurgistes ou cimentiers, les papetiers militent de longue date contre les quotas de CO2. Ou plutôt contre un système de réduction des émissions qui ne prendrait pas en compte leurs " efforts volontaires antérieurs ".LA MENACE DE LA DELOCALISATIONCette fois, le ton monte. L'industrie papetière met sa survie dans la balance. Selon ses calculs, le système d'échange de quotas (SEQ), discuté actuellement à Bruxelles pour 2013-2020, coûterait au total 467 millions d'euros aux papetiers français, soit 7,8 % de leur chiffre d'affaires estimé. Or, la marge brute de l'industrie (Ebitda sur recettes) s'est établie à 5 % en 2006, " un peu plus en 2007 ". Pour calculer cette ardoise, les papetiers additionnent l'achat des quotas (148 millions), l'augmentation anticipée du prix de l'électricité liée également à ces quotas (126 millions), ainsi que la flambée prévue de leurs matières premières (bois, papiers récupérés), qui seront, selon la Copacel, recherchées en raison de leurs faibles émissions de CO2 (+ 193 millions). Surcoûts difficilement répercutables sur les prix de vente en raison de la forte concurrence internationale. La France importe près de 60 % de sa consommation de papier, souligne la Copacel.Brandissant la menace de la délocalisation dans des contrées moins portées sur la préservation de l'environnement (le fameux " carbon leakage "), Gérard Bontemps demande que " la proposition de directive mentionne l'industrie papetière dans la liste des secteurs intensifs en énergie relevant d'une allocation gratuite ". Sachant que ce principe de la gratuité fait encore débat à Bruxelles.En attendant, les papetiers français ont sursauté quand l'administration française a décidé, lors du Grenelle de l'environnement, de réduire de 50 % sa consommation de papier d'ici à 2012. " Pourquoi pas les gommes et les crayons ? Tout le monde se verdit sur notre dos ", s'indigne Gérard Bontemps. Et, pour mieux faire passer son message, le président de la Copacel a remplacé dans ses e-mails les mentions politiquement correctes par des slogans : " Vous pouvez imprimer cet e-mail, mais pensez toujours à recycler vos papiers après usage. Le papier est le support naturel de la pensée, le véhicule des idées. "Historique1977 : Ingénieur chimiste, diplômé de l'IAE de Bordeaux, il entre à 28 ans à la Cellulose du Pin, filiale de Saint-Gobain.1981 : Il supervise la qualité puis la fabrication de l'usine de Condat.1989 : Directeur de l'usine de Tartas, cédée à Cascades et Tembec en 1994.2000 : Directeur des opérations industrielles de Tembec en France, puis directeur général en 2002.

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