élections : pourquoi y a-t-il toujours une troisième force en France ?

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Les élections européennes sont toujours propices à l'émergence d'une troisième force politique. Par le passé, Bernard Tapie, Philippe de Villiers et d'autres avaient réussi un score à deux chiffres, supérieur à 10 %. Cette fois-ci, Bayrou, Besancenot et les écologistes rassemblés par Cohn-Bendit se bousculaient au portillon. Les résultats montrent un franc succès des écologistes, une stagnation du Modem et une stabilité du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d'Olivier Besancenot, battu par le Front de gauche de Jean-Luc Mélanchon.François Bayrou n'est plus le « troisième homme ». Sa base électorale piétine, comme aux législatives puis aux municipales, à la moitié seulement de son score aux présidentielles. L'ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy lui a coupé l'herbe sous les pieds. Il avait incarné une aspiration à la nouveauté et une posture antisystème. Ces armes à double tranchant ont profité aux écologistes.Le rassemblement a été un atout pour les écologistes qui, en France, sont historiquement divisés et doctrinalement allergiques au leadership. Nombre d'électeurs ont été séduits par Daniel Cohn-Bendit, efficacement secondé par des personnalités médiatiques. Beaucoup ont vu dans l'écologie politique une réponse à la crise économique. L'électorat d'Europe Écologie est hétéroclite ou transcourants, celui du Front de gauche se situe à la gauche du PS et celui du NPA à l'extrême gauche.Si l'électorat écologiste est composite, ses élus sont plus homogènes. Ils sont proches de ce qu'on appelle la gauche de la gauche. Ils ont de nombreux points communs avec le Front de gauche et le NPA. Au thème de la défense des services publics s'ajoute un libéralisme culturel anti-autoritaire. Les communistes et les Verts sont les seuls groupes parlementaires à s'être opposés à la réforme des universités. En outre, dans les professions de foi électorales postées aux électeurs, « l'Europe forteresse » est critiquée tant par Europe Écologie que par le Front de gauche et le NPA. Tous trois utilisent la même formule, « Europe forteresse », non pour désigner une réalité observable, mais pour étiqueter leur opposition aux contrôles des flux migratoires.Ces dernières années, la gauche de la gauche a progressé en Allemagne, au Portugal, au Danemark, en Italie et aux Pays-Bas, parfois en position de troisième force. En France, tout concourrait à son succès : un président de droite, un parti socialiste incertain, une crise économique doublée d'une crise de l'université. Contrairement à ce qui s'est dit après les élections présidentielles, le score de l'extrême gauche s'est maintenu. Il avait reculé en pourcentage, compte tenu de la forte participation, mais pas en nombre de voix.Sur la forme, le sigle NPA sonne bien, comme celui de Modem. Mais le contenu est moins alléchant. Il réactualise le combat anticapitaliste d'antan. Le succès du discours antilibéral a obligé Besancenot à ressusciter l'anticapitalisme comme marque de fabrique et signe distinctif sur un segment du marché électoral. Comme 90 % des gens sont favorables à la réduction des inégalités sociales, Besancenot bénéficie d'un capital de sympathie (celui qu'une partie de l'opinion accordait jadis à « Arlette »). Mais comme les solutions préconisées par l'extrême gauche sont perçues comme des remèdes pires que le mal, la traduction électorale ne suit pas. Son vivier électoral est restreint à des catégories telles que les étudiants ou les fonctionnaires retraités. Jean-Luc Mélanchon l'a coiffé au poteau avec un discours mieux construit et argumenté.Les écologistes raflent finalement la mise avec, d'un côté, José Bové, sur un créneau de gauche de la gauche qui n'a pas l'air sectaire et, de l'autre, Eva Joly, sur une ligne de gauche moderne. Daniel Cohn-Bendit tient les deux bouts de la chaîne et les 16 % d'Europe Écologie éclipsent les 3 % réalisés par l'Alliance écologiste indépendante (de Waechter et Lalanne).Grâce à un score supérieur à 10 % aux européennes de 1989, l'écologie s'était durablement implantée dans le paysage politique français et avait pu monnayer, dix ans plus tard, sa participation au gouvernement sous le label de gauche plurielle. Cette fois, une forte attente s'est exprimée en faveur d'un « autre monde ». Mais lequel au juste ? Comment doser l'écologie pour ne pas détourner des ressources précieuses en vue de bénéfices incertains ? L'écologie n'est pas une recette allant de soi. Plusieurs politiques possibles méritent d'être débattues.npoint de vue Marc Crapez Chercheur associé à Sophiapol (université de Paris X)

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