La social-démocratie européenne paie son manque de leaders et de programme

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Débâcle du SPD allemand, pire résultat du Labour britannique depuis 1945, un Parti socialiste français presque relégué au rôle de troisième force politique? Le scrutin pour le Parlement européen s'est transformé en une litanie de la crise des partis sociaux-démocrates du Vieux Continent, à quelques rares exceptions près (voir encadré). Leur défaite un peu partout se traduit par un recul du nombre de leurs députés à Strasbourg (162 contre 216 sièges dans la précédente législature) et un écart grandissant (d'une centaine de sièges contre 72 auparavant) avec le centre droit du PPE. Pourtant la crise financière et économique actuelle offrait un boulevard aux thuriféraires de la régulation et des interventions de l'État dans l'économie comme les sociaux-démocrates. Il n'en a rien été d'abord car ces partis n'ont pas encore trouvé un ou une leader charismatique pour succéder aux « retraités » Schröder, Jospin, Blair et autres Prodi. Le SPD, le PS et le Parti démocrate italien ont usé ces dernières années plusieurs de leurs dirigeants de pointe et ne savent plus à quel saint se vouer.Mais au-delà du choix des personnes à opposer à un Sarkozy, Berlusconi ou Merkel bien en selle, le socialisme européen a un problème de programme et de politiques à offrir distinctes de celles mises en ?uvre actuellement par la droite.Les gouvernants de centre droit ont en effet pillé allègrement ces derniers mois le fonds de commerce social-démocrate : intervention publique pour sauver des firmes en difficulté, renforcement de l'État providence face à la crise, régulation de l'économie.Au bout du compte, il n'est resté aux 33 partis membres du Parti socialiste européen qu'à contester, et surenchérir, le montant du plan de relance à appliquer dans l'UE (100 milliards d'euros) plutôt que sur son principe. En Allemagne, la distinction avec la droite est encore plus ardue pour le SPD, du fait de sa présence au sein de la Grande Coalition au pouvoir à Berlin depuis quatre ans. Et c'est un social-démocrate comme le ministre des Finances, Peer Steinbrück, qui doit rappeler à la rigueur pour les finances publiques !stratégie perdante À défaut d'avoir élaboré une nouvelle doctrine à opposer à la droite, les sociaux-démocrates italiens et français ont été tentés, sans grand résultat, par l'antiberlusconisme et l'anti-sarkozysme. Une stratégie en définitive peu payante, car les deux leaders de droite surfent eux-mêmes sur des registres politiques différents, loin des idéologies classiques conservatrices ou démocrate chrétienne.Les sociaux-démocrates se trouvent en définitive pris entre deux feux : d'un côté une droite qui a jeté aux orties le laisser-faire et prône l'intervention de l'État et de l'autre des partis de gauche plus radicaux, comme Die Linke dirigé par Oskar Lafontaine et les extrêmes gauches française et italienne, voire les écologistes qui ont pour eux de disposer d'un corpus clair : la défense de l'environnement.Et pour finir d'assombrir leurs perspectives, les sociaux-démocrates ne peuvent guère rêver d'une fusion avec les libéraux, le centre, pour se refaire : le Parti démocrate italien issu de l'ex-PCI et de l'aile gauche de la démocratie chrétienne a bien tenté l'expérience mais ce modèle n'attire pas les électeurs.Frank Paul Webe

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