Les travaillistes épuisés par douze années de pouvoir

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Gordon Brown faisait face hier soir à la colère de ses députés, lors d'une réunion des parlementaires travaillistes. Le Labour a essuyé lors des élections européennes sa pire défaite depuis la Seconde Guerre mondiale, arrivant troisième avec seulement 15,7 % des voix, derrière les conservateurs (28 %) et le parti anti-européen (UK Independence Party, Ukip, 16,5 %).Les résultats se lisent comme une longue liste de catastrophes que n'avait pas envisagées Downing Street dans ses scénarios les plus noirs. Au pays de Galles, les travaillistes sont derrière les conservateurs pour la première fois depuis? 1918. Dans le sud-est de l'Angleterre, ils récoltent seulement 8 % des voix. Et pour ne rien arranger, une obscure secrétaire d'État à l'Environnement, Jane Kennedy, a démissionné hier du gouvernement.séisme politiqueLes deux grands vainqueurs du scrutin sont les anti-européens et l'extrême droite. Leur statut d'« outsiders » leur a permis d'agiter le scandale des notes de frais des députés, sans crainte d'effet boomerang. Le BNP (British National Party), un parti qui n'accepte que les Blancs comme membres, décroche deux sièges, ce qui est une première.Mais plus encore que la percée de l'opposition, le séisme politique qui vient de se produire vient d'abord de la défaite des travaillistes. « Le Labour est désormais extrêmement impopulaire, au plus bas depuis les années 1980 », estime John Curtice, analyste politique à l'université de Strathclyde.Ce rejet du parti de Gordon Brown illustre l'épuisement du Labour après douze années de pouvoir. Le Premier ministre pourrait pourtant faire valoir quelques réussites importantes : il a sauvé les banques cet automne et a fort bien coordonné l'action du G20. Mais après avoir tenu les rênes de l'économie pendant une décennie, l'ancien chancelier de l'Échiquier de Tony Blair est tenu pour responsable de la crise. Surtout, son propre parti semble accaparé par les luttes de pouvoir, les réformes politiques étant passées au second plan. « Tout le monde évoque un changement de leader, comme si rebattre les cartes allait apporter une solution », souligne, exaspéré, Jon Cruddas, un député travailliste situé à la gauche du parti. Que Gordon Brown réussisse ou non à sauver sa peau dans les jours qui viennent ne changera donc pas la donne politique. Certes, le dirigeant britannique n'a pas l'obligation d'appeler à des élections avant juin 2010 et il peut espérer d'ici là une amélioration de l'économie, voire un faux pas des conservateurs. Mais avec presque moitié moins de voix que les tories, les travaillistes sont désormais au bord de l'épuisement politique.Éric Albert, à Londre

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