RosUkrEnergo, la face cachée du conflit

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Il y a une face cachée de la crise russo-ukrainienne. En apparence, le différend porte sur le prix du gaz. Mais une sourde bataille se livre également autour de RosUkrEnergo, une société de négoce qui dispose depuis 2006 du monopole de la distribution du gaz russe en Ukraine. Naftogaz, la société qui distribue le gaz en Ukraine, est obligée de passer par cet intermédiaire domicilié dans le canton de Zoug, en Suisse, pour acheter du gaz à Gazprom. Les États européens, eux, négocient directement avec Gazprom. pratiques opaquesLe gouvernement de Ioulia Tymochenko juge ce passage obligé inacceptable. « Les difficultés actuelles avec Gaz­prom s'expliquent par des tentatives pour remettre en selle des intermédiaires comme RosUkrEnergo », indiquait mercredi le ministère de l'Énergie à Kiev. Le gouvernement ukrainien, le ministre de l'Énergie et Naftogaz, poursuit le ministère, « n'accepteront sous aucun prétexte le retour d'intermédiaires » ni les pratiques « opaques et de corruption » liées à ceux-ci. Hier, RosUkrEnergo a rétorqué en exigeant de Kiev le paiement d'une dette gazière de 614 millions de dollars. Créée en 2004, RosUkrEner­go est contrôlée pour moitié par Gazprom, via sa filiale suisse Rosgas Holding AG, et pour l'autre moitié par Centragas Holding AG, propriété de deux hommes d'affaires ukrainiens, Dmitry Firtash (45 %) et Ivan Fursin (5 %). Leurs noms ne sont connus que depuis 2006. Ioulia Tymochenko avait accusé Semion Mogilevic, considéré comme l'un des parrains de la mafia russe, de tirer les ficelles de RosUkrEnergo lors de son arrestation à Moscou le 24 janvier 2008. Dmitry Firtash a ­catégoriquement démenti. Le site de RosUkrEnergo est d'une rare sobriété. Tout juste apprend-on qu'en 2007 la société a réalisé plus de 795 millions de dollars de ­bénéfices. L'ONG britannique Global Witness, qui enquête sur les liens entre matières premières et corruption, vient ­d'adresser une lettre ouverte au président de Gazprom, Alexeï Miller. L'ONG y rappelle qu'en 2006 Gazprombank a reçu 367,8 millions de dollars de ­dividendes de RosUkrEnergo, ce qui signifie que les deux autres actionnaires ukrainiens ont encaissé autant. « Quel type de services Dmitry ­Firtash et Ivan Fursin peuvent-ils fournir à RosUkr­Energo pour justifier de tels revenus qui ne pourraient être assurés par Gazprom ou par Naftogaz ? » s'interroge ­Global Witness. Xavier Harel

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