Les États-Unis et les OGM, une démarche prometteuse à méditer

Contrairement aux biotechnologies médicales, bien acceptées par la majorité de la population, les biotechnologies végétales font l'objet d'une méfiance accrue en Europe, en particulier en France. Ce n'est pas le cas aux États-Unis, comme en a témoigné l'absence de débat à ce sujet lors de la campagne présidentielle opposant John McCain à Barack Obama.Si plusieurs raisons d'ordres culturel et social expliquent ce décalage entre le « Nouveau Monde » et la « Vieille Europe », cette situation conduit d'ores et déjà à une désertification de la recherche en Europe dans ce domaine des biotechnologies végétales, notamment des OGM. Dans le secteur privé, Meristem Therapeutics, dont les derniers essais en plein champ sur un maïs transgénique produisant la lipase gastrique destinée à soulager les enfants atteints de mucoviscidose avaient été détruits au cours de l'été 2005, a déposé son bilan trois ans plus tard. À la même époque, Librophyt, start-up créée par deux chercheurs du CEA (Commissariat à l'énergie atomique) pour produire des molécules thérapeutiques grâce à des plantes, a mis la clé sous la porte. Biogemma, une société de biotechnologie soutenue par le monde agricole et spécialisée dans l'amélioration des variétés végétales, a expatrié ses essais aux États-Unis et en Israël. Après avoir fermé deux centres de recherche en 2007, Biogemma envisage désormais de délocaliser ses deux derniers centres encore situés en France. Pour le secteur public, la situation n'est pas plus glorieuse. En raison du nombre insuffisant de projets, les 2 millions d'euros annuels prévus par l'Agence nationale de la recherche (ANR) pour l'action ANR-OGM (à comparer aux 2,4 milliards d'euros pour le plan OGM chinois de 2006 à 2020), dédiée en partie à la réalisation d'études sur les impacts des OGM, n'ont pas trouvé preneur, entraînant l'arrêt du programme.Dans un climat hostile, où la recherche sur les OGM est stigmatisée, de nombreux experts français préfèrent s'expatrier afin de trouver des conditions de travail plus sereines et voir leurs travaux aboutir à des applications concrètes. C'est le cas du Pr Claude Fauquet (chercheur de l'IRD, Institut de recherche pour le développement), aujourd'hui vice-président du Danforth Center. Dans son centre situé à Saint Louis (Missouri), ce virologue de renommée mondiale et spécialiste des plantes tropicales travaille à l'élaboration de plantes résistantes aux virus à ARN (acide ribonucléique) et ADN simple brin et à l'amélioration en qualité nutritionnelle (protéines, vitamines, zinc ou fer) du manioc (Cassava). Ces nouvelles plantes destinées aux zones tropicales ne feront pas l'objet de brevets. Elles seront mises à la disposition des agriculteurs africains grâce à la collaboration fructueuse entre certains pays (Burkina, Ouganda, Kenya, Afrique du Sud), plusieurs fondations ? très impliquées dans le financement de la recherche américaine ? et aux passerelles établies entre les secteurs privé et public. Elles représentent le fruit des nouvelles applications technologiques, comme les techniques de « RNA silencing », développées d'abord par des équipes françaises (Inra et CNRS). Ces techniques, utilisées dans les principaux laboratoires de recherche aux États-Unis, consistent à éteindre spécifiquement l'expression de certains gènes afin de supprimer, par exemple, la cause d'une allergie ou l'expression d'une toxine. Le « RNA silencing » permet d'envisager des nouvelles classes d'insecticides dont le mode d'action sera lié à l'introduction, dans un organisme, d'un ARN destiné à stopper le développement larvaire d'un insecte cible. Autre piste prometteuse : la recombinaison homologue (RH), qui permet de cibler avec précision la place d'insertion d'un gène d'intérêt. Grâce à ces travaux comparables de « ciblage de gène » sur des cellules souches embryonnaires de souris, le Pr Mario Capecchi, de l'université d'État de l'Utah, a obtenu en 2007 le prix Nobel de médecine. Ces techniques, combinées à l'analyse robotisée de la composition des grains (en protéines, eau, acides gras) et à la sélection assistée par marqueurs (SAM), constituent les nouveaux outils des biotechnologies végétales, c'est-à-dire des futurs OGM. Malheureusement, leur développement en France et en Europe est aujourd'hui considérablement limité.À l'évidence, avec le président Obama, cet élan va s'amplifier outre-Atlantique, donnant ainsi « une nouvelle dimension à la recherche américaine, en particulier aux biotechnologies végétales », comme me l'ont expliqué de nombreux chercheurs lors d'un séjour effectué aux États-Unis en novembre 2008. Sans un sursaut rapide et significatif, le retard déjà pris volontairement pour les biotechnologies par l'Europe risque de lui être aussi fatal qu'il ne le fut pour l'informatique. n (*) Ancien président de la Commission du génie biomoléculaire.point de vue Marc Fellous Professeur de génétique humaine à l'université Denis-Diderot (Paris VII) (*).

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