La France affiche des déficits jumeaux massifs
La Tribune
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Par la voix d'Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, le gouvernement a récemment annoncé des mesures visant à « fluidifier » le financement des exportations françaises, afin de ne manquer aucune vente à l'étranger. Il n'est pas sûr que cela soit suffisant?: Bercy a du pain sur la planche pour redresser le commerce extérieur. Car le déficit commercial a atteint en octobre un niveau record, à 7,066 milliards d'euros, selon les données publiées hier par les Douanes. Sur douze mois, le « trou » est évalué 56,2 milliards d'euros. Il approchera probablement les 60 milliards sur l'ensemble de 2008, là aussi un record. Coïncidence, Bercy a annoncé hier un déficit du budget de l'État de 60,7 milliards sur dix mois, à fin octobre, soit 8 milliards de plus que pour la même période de 2007. Même si les deux derniers mois de l'année peuvent changer un peu la donne, selon le niveau des recettes fiscales encaissées d'ici à la fin de l'année, la prévision officielle d'un déficit budgétaire de 51,4 milliards pour 2008 risque de se voir dépassée. Comme les États-Unis, la France se trouve donc affublée de déficits jumeaux massifs. Le résultat du commerce extérieur peut étonner. La baisse de l'euro ces derniers mois, par rapport aux niveaux historiques de cet été, n'aurait-elle pas dû faciliter le courant d'exportations?? En fait, le niveau relatif de la devise européenne n'est pas pour grand-chose dans l'effondrement des ventes à l'étranger car, pour l'essentiel, elles baissent en direction des pays européens. Et pas à la marge?: par rapport au mois de juillet, les ventes des entreprises françaises à l'export ont reculé en octobre de 7 %, tombant à 32,5 milliards d'euros.Les Douanes, qui établissent le chiffre du commerce extérieur, relèvent que le « repli des exportations de biens intermédiaires (sidérurgie, notamment) est très marqué en octobre ». Les ventes de voitures neuves à l'étranger s'inscrivent également en baisse. Elles s'effondrent littéralement vers l'Espagne et la Grande-Bretagne, suivis de l'Italie. En 2007, la branche automobile affichait un solde extérieur positif. Sur les dix premiers mois de 2008, elle a été en revanche déficitaire à hauteur de 2, 45 milliards.La chute des ventes de produits industriels à l'étranger a provoqué un doublement du déficit extérieur industriel en deux mois, soulignent les statisticiens. « Il est normal que les ventes vers l'Union européenne plongent, commente l'économiste Alexander Law (Xerfi). Car la majorité de nos voisins sont en récession et ne passent donc plus de commandes à nos entreprises. » Ainsi les ventes françaises vers l'Allemagne ont-elles reculé en octobre de 7,7 % par rapport à septembre.Chute de l'activitéSi les exportations baissent, on pourrait s'attendre que le très net ralentissement que subit également l'économie française provoque une chute équivalente des importations. Le PIB a stagné cet été, mais il ne fait pas de doute que la France est entrée en récession au quatrième trimestre. Cette chute de l'activité n'a pas encore vraiment ralenti les achats à l'étranger. Preuve que la demande se porte plutôt moins mal dans l'Hexagone que dans les autres pays européens. Les experts des Douanes relèvent qu'en dépit de la baisse des cours pétroliers les importations d'énergie restent à un niveau élevé. Si les importations de biens intermédiaires refluent, ce n'est pas le cas pour celles d'autres produits industriels.
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