L'Union européenne

 |  | 928 mots
Lecture 4 min.
oint de vue Dominique de Villepin Ancien Premier ministre, président du Comité consultatif international sur la Bulgarie (*) L'Union européenne (UE) ne peut s'accommoder du risque d'une grave crise, pour la Bulgarie comme pour elle-même. Il y a urgence à trouver une réponse satisfaisante à partir d'un diagnostic lucide. C'est ce que s'est attaché à faire le Comité consultatif international pour la Bulgarie, composé de personnalités européennes indépendantes, qui vient de remettre son rapport « La Bulgarie dans l'UE : construire un nouveau partenariat » au gouvernement bulgare.Les efforts bulgares ne sont pas encore à la hauteur des enjeux. Depuis 2007, les réformes n'ont pas permis de surmonter les défaillances des administrations et du système judiciaire. De nombreux scandales ont éclaté. Les cours peinent à poursuivre les suspects.Les besoins sont immenses : une restructuration cohérente des administrations et de la justice pour garantir indépendance et efficacité, une réhabilitation du service public autant qu'une meilleure coordination entre justice et forces de police. Un pacte national de tolérance zéro à l'égard de la corruption mobiliserait les énergies et les moyens avec le pilotage d'une agence indépendante. Le gouvernement élu en juillet devra définir un consensus national sur des réformes en matière d'éducation, de compétitivité et de lutte contre la corruption. Il faut un bouleversement des mentalités, après des décennies de dictature et une transition démocratique inachevée.L'enjeu central est l'émergence d'un véritable intérêt général bulgare. Tout jugement sur la situation de l'État de droit en Bulgarie ne peut faire l'impasse sur les réalités économique, culturelle et sociale. Le temps est le facteur clé. L'approche de la Commission européenne a été vigilante et exigeante. Mais elle reste insuffisante, car le mécanisme de coopération et de vérification a favorisé, ces dernières années, une lecture strictement technique et statique d'une situation dynamique. Ce faisant, les critiques de la Commission ne sont pas sans se heurter à des incompréhensions.Les interdépendances sont désormais un fait. L'engagement décisif a eu lieu lorsque l'adhésion bulgare a été acceptée. Le choix d'une adhésion rapide relevait du pari politique. Les faiblesses de l'État bulgare étaient connues. Les enjeux stratégiques et énergétiques ont été déterminants. Il faut aujourd'hui assumer ces choix. Rien ne serait pire que de rester au milieu du gué. Face aux difficultés de la Bulgarie, toute stratégie rigide de l'Europe serait vouée à l'échec. Le suivi et l'évaluation, dans le cadre technique existant, sont nécessaires, mais sans s'enfermer dans une logique de sanction risquant de placer la Bulgarie en marge de l'UE. Une prise en compte des difficultés spécifiques de l'État bulgare est souhaitable, mais sans laisser prospérer des menaces criminelles et politiques qui affecteraient l'ensemble des Balkans orientaux.La seule solution est d'accompagner les changements, sans oublier que nous avons, nous-mêmes, parfois mis des décennies à les accomplir. Il faut repenser les mécanismes de coopération pour faire face à la situation inédite d'un État nécessitant une reconstruction, avec tous les partenaires, la Bulgarie, la Commission, les États membres ainsi que le Parlement européen.Cette voie offre seule à l'UE des garanties pour son propre avenir, tout en donnant une chance à la Bulgarie de se saisir du sien. Inventons un nouveau partenariat orienté vers l'intégration à long terme : en renouant les fils du dialogue grâce à une mise à plat des mécanismes existants, par de meilleurs échanges entre la Bulgarie et la Commission ; en développant de nouvelles coopérations entre États membres, sur le modèle de certains échanges fructueux dans le domaine policier ; en établissant un calendrier ambitieux échelonnant les objectifs de manière réaliste.L'essentiel, c'est de fonder ce partenariat sur des principes solides, partagés et valables à l'avenir dans des situations similaires. La confiance, tout d'abord, car il convient d'éviter toute stigmatisation contre-productive et de garantir la libre mise en ?uvre des politiques nécessaires par l'État membre. La responsabilité, ensuite, car chaque pays doit être mis face à ses engagements. L'Union doit veiller à ne pas se substituer à des nations défaillantes. La solidarité, enfin, car le pacte d'adhésion lie toutes les parties. Il crée une communauté de destin. La convergence économique et politique est l'intérêt supérieur de l'Union. Cela suppose un effort financier accru en faveur de l'Europe de l'Est.L'Europe s'écarte de son modèle original, en raison d'approches techniques et d'égoïsmes nationaux. La construction européenne s'est, depuis les pères fondateurs, souciée de faire émerger un intérêt continental. Celui-ci ne peut exister en l'absence d'intérêts nationaux clairement assumés. Aider à construire un intérêt général bulgare, c'est ainsi contribuer à la consolidation de l'Union, au renforcement du dialogue avec les voisins orientaux et à une confiance retrouvée dans l'avenir de l'Europe.Ne nous y trompons pas. L'exemple de la Bulgarie est révélateur des défis que doit relever l'Europe, en son sein comme dans son voisinage. Son intégration réussie conditionne tout nouvel élargissement et tout approfondissement. Elle sera exemplaire de la capacité de l'Europe à passer un nouveau cap de son histoire.(*) Sont membres du Comité et cosignataires du texte : Paul Demaret, Josep Piqué, Aunus Salmi, Antonio Vitorino et Casimir de Dalmau. Ce texte fait l'objet d'une publication dans d'autres pays de l'UE.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :