« Le chef de l'état ne doit pas sous-estimer la situation »

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Bernard Thibault, secrétaire général de la CGTVous organisez demain votre quatrième manifestation nationale. Quels objectifs vous fixez-vous ?C'est la cinquième initiative coordonnée par tous les syndicats, après celle du 29 janvier, du 19 mars, du 1er mai et du 26 mai. Nous sommes bien sur l'entretien d'un rapport de force durable. Samedi, notre objectif est qu'il y ait la plus grosse participation possible, même si nous avons conscience qu'il n'y aura pas forcément autant de monde que les fois précédentes.Craignez-vous une sorte de lassitude des manifestants ?Je ne le crois pas. Peut-être le gouvernement veut-il se rassurer à bon compte en mettant en exergue ses 28 % obtenus lors des élections européennes dimanche dernier. Mais ce scrutin est pour moi une confirmation de notre action, pas une infirmation. L'abstention porte une opinion. L'Europe devrait être perçue comme un moyen de faire face à la crise. Au contraire, la non-participation montre un écart entre les politiques et les attentes des citoyens.Compte tenu de l'attitude de Jean-Claude Mailly qui affirme que les manifestations à répétition ne sont pas sa « tasse de th頻, l'unité de l'intersyndicale est-elle menacée ?Je regrette que les déclarations de Jean-Claude Mailly et le désengagement massif de FO sur le terrain pour la manifestation de demain portent atteinte à notre crédibilité. Si, d'aventure, les salariés pensent que les dirigeants syndicaux sont d'abord animés par des querelles de chapelles, nous perdrons tout notre crédit dans l'opinion publique, qui est monté à 70 %, un taux rarement égalé.La CGT du Livre bloque la parution des journaux demain. Pourquoi vous priver d'une caisse de résonance pour la mobilisation ?C'est à chaque section syndicale qu'il revient de définir les modalités de participation aux mobilisations interprofessionnelles.Les gestes qu'a faits le gouvernement à votre égard vous satisfont-ils ?Je pense que personne n'est dupe. Le gouvernement dit se caler sur l'agenda social. Mais un certain nombre de réformes ? prêt de main-d'?uvre, télétravail, travail du dimanche ? qui ont un impact social important se poursuivent sous couvert d'initiatives parlementaires. Et ce, sans aucune concertation avec les organisations syndicales. Pour le reste, il n'y aurait pas eu le sommet social du 18 février, pas de rencontres avec le chef de l'État, sans mobilisation. Et ce n'est pas parce qu'il y a eu ces rencontres que nous passerons sous silence l'absence de mesures à la hauteur de la situation.Êtes-vous optimiste quant aux négociations sur l'emploi qui viennent de démarrer avec le patronat ?Il était temps. Depuis que le monde est en crise, le patronat est silencieux. Le Medef fait le dos rond en attendant des jours meilleurs. Les négociations qui commencent sont le résultat d'une mobilisation ancrée et peut-être d'une pression du politique qui ne veut pas assumer seul les responsabilités de la crise. Mais je suis dubitatif sur leurs résultats.Qu'allez-vous demander lors de votre rendez-vous avec le chef de l'État en juillet ?Je souhaiterais que le chef de l'État ne sous-estime pas la situation réelle. À la rentrée, il y aura le défi de plusieurs milliers de jeunes qui aspireront à commencer une activité professionnelle. Le cycle des restructurations et des fermetures d'entreprises est loin d'être achevé. Socialement, si aucune décision n'est prise, nous allons vers une plus grande souffrance et une plus grande exclusion.Qu'envisagez-vous pour la rentrée au sein de l'intersyndicale ?D'abord, nous allons préparer le rendez-vous avec le chef de l'État. Avec l'ensemble des syndicats, nous allons procéder à une nouvelle évaluation de la mobilisation avant l'été. On va d'ores et déjà intégrer dans le calendrier de l'automne le 7 octobre,la mobilisation mondiale à l'occasion de la journée du travail décent, à l'appel de la confédération internationale des syndicats.À cette échéance, êtes-vous favorable à la grève d'une journée que défend FO ?FO est d'abord dans un souci de communication. C'est regrettable. Ceux qui se disent aujourd'hui impatients d'arriver à une grève générale seront les plus inquiets de la tournure de celle-ci si elle se déclenchait. Nous avons toujours dit que nous voulions privilégier l'action susceptible de réunir le plus grand nombre de personnes. N'opposons donc pas les modalités entre elles et évitons de présupposer les formes d'action. nLe cycle des restructurations et des fermetures d'entreprises est loin d'être achevé. »

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