Paul Krugman, le libéral repenti

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Voilà quinze ans que le nom de Paul Krugman, 55 ans, était régulièrement cité comme un " nobélisable ". Au début des années 1990, ce jeune économiste américain, appartenant à l'écurie prestigieuse du Massachusetts Institute of Technology (le MIT, à Boston), était un ardent défenseur de la mondialisation, expliquant que le commerce international profitait à tous, pays émergents et industrialisés. L'un de ses ouvrages a été traduit sous le titre La mondialisation n'est pas coupable. Mais la pensée de Krugman s'est peu à peu éloignée du dogme libéral, fût-il de gauche - l'homme n'a jamais caché ses sympathies pour le Parti démocrate.C'est la crise asiatique qui a constitué l'étape clé de sa conversion. Juste avant cette crise, Krugman pointait déjà le caractère factice de l'essor des nouveaux pays industrialisés, en soulignant que le miracle asiatique devait davantage à la " transpiration " qu'à l'" inspiration ". Le déclenchement de la crise, en 1997-1998, lui a donné l'occasion de critiquer vigoureusement le Fonds monétaire international et le " consensus de Washington " qui imposait aux pays émergents exsangues une thérapie complètement inadaptée à une situation dangereusement similaire à celle qui prévalait aux États-Unis pendant la dépression de l'entre-deux-guerres. Peu après, l'économie mondiale subissait le triple choc de l'explosion de la bulle Internet, du 11 Septembre et de l'affaire Enron.Lors d'une conversation avec l'auteur de ces lignes, à New York, en février 2002, Krugman pointait les similitudes entre le capitalisme des pays d'Asie, réputé corrompu, et celui des États-Unis, qui ne lui semblait pas valoir beaucoup mieux. Pour lui, la crise asiatique était comme la répétition générale d'une autre qui aurait pu frapper l'Occident en 2001-2002 si Greenspan n'avait pas baissé ses taux d'intérêt pour faire repartir l'économie. L'histoire récente a montré que Greenspan n'a en fait rien évité, mais simplement différé un ajustement inévitable. Hier, le nouveau Prix Nobel d'économie s'est déclaré " terrifié " par la crise actuelle, mais a salué le plan de sauvetage européen.Violemment critique sur Bush.Dans les années qui suivirent, Krugman quitte le MIT pour la prestigieuse université de Princeton. En 1999, il devient éditorialiste au New York Times et s'éloigne temporairement de l'économie. Violemment critique sur George W. Bush, il pointe, dans ses éditoriaux, la faillite de l'expédition irakienne et les collusions du pouvoir avec les milieux d'affaires américains.Tout récemment, le professeur Krugman a publié un article qui achevait sa conversion, en marquant même une sorte de reniement : " Trade and Wages, reconsidered " (février 2008), que l'on peut traduire ainsi : Nouveau regard sur le commerce international et les salaires. Il y démontrait que, contrairement à ce qu'il avait lui-même cru il y a quinze ans, l'extraordinaire ascension de la Chine dans le commerce avec les États-Unis avait peut-être eu une incidence sur les salaires des travailleurs non qualifiés. Le Nobel 2008 couronne donc non seulement une intelligence et une intuition hors du commun, mais aussi un parcours qui illustre bien les remises en cause que la crise actuelle impose.Verbatim : " Pour un nouveau new deal "Dans " L'Amérique que nous voulons " (Flammarion, 22 euros, 334 pages), Paul Krugman prononce le réquisitoire des années Bush et des politiques conservatrices en général depuis Reagan. Apôtre d'une meilleure redistribution des richesses dans un pays qui a laissé exploser les inégalités, il conclut ainsi son chapitre introductif : " Si tout reste possible dans l'élection présidentielle de 2008, on peut raisonnablement imaginer que, en 2009, les États-Unis auront un président démocrate et une majorité démocrate solide au Congrès. [...] Cette nouvelle majorité, que doit-elle faire ? Ma réponse : elle doit, pour le bien du pays, suivre une politique résolument progressiste. Expansion de la sécurité sociale et réduction de l'inégalité. Un nouveau New Deal. Le coup d'envoi de ce programme, l'équivalent de la Caisse de retraite publique au XXIe siècle, doit être l'assurance-maladie universelle, que tous les autres pays avancés ont déjà. "Domination américaineLe prix d'économie a été décerné pour la première fois en 1969. Les États-Unis dominent largement. Voici les précédents lauréats : Hurwicz, Maskin et Myerson (États-Unis , 2007) ; Phelps (États-Unis , 2006) ; Aumann (Israël/États-Unis, 2005) et Schelling (États-Unis, 2005) ; Prescott (États-Unis, 2004) ; Engle (États-Unis) et Granger (Grande-Bretagne) en 2003. Stiglitz (États-Unis) l'a été en 2001 et Mundell en 1999.

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