Les Européens n'ont pas tiré les leçons des crises précédentes

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Si la fiabilité de la Russie en tant que fournisseur de gaz est affectée par la crise, la crédibilité politique de l'Union européenne en prend également un coup. C'est probablement pourquoi le président de la Commission, José Manuel Barroso, a haussé hier le ton. « Je voudrais adresser un message très clair à Kiev et à Moscou », a-t-il déclaré à Strasbourg devant les députés européens, « si l'accord parrainé par l'Union européenne n'est pas honoré de façon urgente, je conseillerai aux entreprises européennes d'agir en justice et j'appellerai les États membres à s'engager dans une action concertée pour trouver des moyens alternatifs d'approvisionnement et de transport de l'énergie. »Ces menaces, les Européens ont eu de multiples occasions de les proférer depuis que le début du différend ukraino-russe menace la sécurité d'approvisionnement européenne et que la renationalisation du secteur énergétique russe engagée en 2004 avec l'affaire Yukos a transformé la fourniture d'énergie en arme diplomatique. Seront-elles plus efficaces aujourd'hui ?Certes, la Russie a fait hier un geste de conciliation en proposant l'organisation samedi d'un sommet à Moscou rassemblant à la fois les pays consommateurs de gaz russe et l'Ukraine, pour tenter de débloquer l'approvisionnement des Européens. Une initiative en partie motivée par les pertes occasionnées par le litige avec l'Ukraine pour Gazprom, estimées hier à 1,2 milliard de dollars par le vice-Premier ministre russe.Reste que le Kremlin, qui contrôle aujourd'hui la moitié des actifs du secteur russe énergétique, n'a jamais laissé penser que la crainte de la justice serait de nature à modifier ses plans. Shell consentit jadis à revendre à vil prix ses parts dans le gisement de Sakhaline 2 sans chercher à faire valoir ses droits devant les tribunaux. E.ON ou GDF seront-ils plus enclins à aller en justice dans la crise actuelle ? Sera-t-il en outre possible, comme le suggère José Manuel Barroso, de faire valoir à l'encontre de la Russie la charte européenne de l'énergie que Moscou a signée mais pas ratifiée ? Les juristes sont partagés.moyens dérisoiresLa Commission recommande certes de « remédier à la précarité galopante de la sécurité d'approvisionnement ». Mais les moyens financiers ou politiques mis en face sont dérisoires. L'interconnexion des réseaux énergétiques reste en friche. Le programme européen Trans European Energy Networks est doté d'un budget très maigre : 20 millions d'euros par an. « Son potentiel pour canaliser le développement de projets majeurs de la Communauté est limit頻, reconnaît piteusement Bruxelles. Le plan de relance européen prévoit l'affection de « 5 milliards de crédit non dépensés » pour les interconnexions énergétiques. Il reste à concrétiser. Quant à la constitution de réserves stratégiques de gaz, particulièrement coûteuse, Bruxelles ne la juge pas nécessaire, tout en encourageant vivement les entreprises à constituer des stocks commerciaux !Reste la diversification des sources d'approvisionnement, qui n'est pas pour demain. « L'augmentation de la demande et les difficultés d'accès à d'autres sources d'énergie suggère que l'Europe ne sera probablement pas capable de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie », résume Fredrik Erixon, le directeur de l'European Center for International Political Econom.

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