La peur du chômage s'installe

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« Personne n'est à l'abri » : c'est la formule, employée dans un récent article du quotidien « Asahi », qui est désormais dans toutes les têtes japonaises. Les prévisions de pertes sans précédent des entreprises pour l'exercice qui s'achèvera fin mars, dont Toyota, ont eu un impact psychologique terrible sur la population. Car elles laissent envisager des vagues de licenciements secs comme l'Europe et les États-Unis en ont l'habitude, mais qui n'ont jamais été éprouvés par l'archipel. Entreprises et État au Japon ont toujours eu pour priorité de maintenir le plein-emploi. « La loi de 1947, qui régit le travail, avait été imposée par les Américains et permettait aux employeurs de licencier comme bon leur semble. Mais elle a été interprétée de manière extrêmement restrictive par les tribunaux japonais », explique un avocat. D'autre part, le travail temporaire a longtemps été purement et simplement interdit au Japon, car il renvoyait au souvenir du pouvoir de la pègre sur le travail journalier dans le pays.Patronat offensifCes digues se sont fendues dans les années 1990. Selon une récente étude, les travailleurs temporaires représentent aujourd'hui un tiers de la population active. Que s'est-il passé?? Après l'explosion de la « bulle », le gouvernement céda en partie aux doléances du patronat et autorisa le travail temporaire (le « haken »), mais seulement pour des tâches spécialisées qui ne risquaient pas d'être sous-payées. Junichiro Koizumi, élu Premier ministre en 2001 sous le slogan « Pas de progrès sans efforts », autorisa le recours au « haken » par le secteur manufacturier, qui l'utilise à loisir depuis 2006. Or un « haken » ne peut excéder trois ans ; le terme de cette première vague, qui touche environ 3,2 millions de personnes, expire donc cette année, au beau milieu de la pire crise économique essuyée par le Japon.Déjà, le Keidanren, le Medef japonais, estime dans un récent rapport que 85.000 intérimaires auront perdu leur emploi d'ici mars. Une perte d'emploi pour un ouvrier au Japon est d'autant plus terrible qu'elle s'accompagne d'une perte du logement, souvent fourni à un tarif ridicule par l'entreprise. Les télévisions ont passé en boucle les images de sans-abri qui campent dans le parc d'Hibiya (centre de Tokyo), montrant le spectacle des « tentes bleues » auquel les Occidentaux se sont habitués depuis longtemps. De plus, les chômeurs ne peuvent compter sur l'assurance chômage, très chiche au Japon, en attendant des jours meilleurs.Mais les patrons vont déjà plus loin, menaçant les travailleurs sous contrat : « Nous ne pouvons plus garantir la sécurité de l'emploi », a déclaré Kazuo Furukawa, le directeur général d'Hitachi en début d'année. Les grands groupes comme Toyota avaient toujours maintenu mordicus l'emploi à vie, garantissant une sécurité de l'emploi à des employés qui, en retour, les servent avec une loyauté sans faille. Jusqu'à aujourd'hui.Régis Arnaud, à Tokyo

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