Les fonds tardent à lâcher du lest

LBO, « Leveraged Buy Out », rachat par effet de levier. Jusqu'en 2007, ces termes sonnaient aux oreilles des investisseurs comme l'assurance de boucler une opération très rentable. Mais, depuis l'éclatement de la crise financière et sa contagion à l'économie, la belle mécanique s'est grippée. Les sociétés sous LBO, qui supportent indirectement l'endettement contracté au moment de leur rachat par le fonds d'investissement, subissent la récession. Beaucoup ne parviennent plus à faire face à leurs échéances. Les cas de restructuration, c'est-à-dire de renégociation de la dette avec les banques, sont légion: Terreal (détenu par LBO France), Desjonquères (Sagard et Cognetas), Groupe Monier (PAI), Kaufman & Broad (PAI) et Navimo (Duke Street Capital) n'en constituent que les exemples les plus notoires. « Les négociations se font alors à couteaux tirés », témoigne un avocat spécialiste de ce type de dossier. « Il est maintenant clair dans l'esprit des banquiers que les créances LBO généreront des pertes. Ils vont donc adopter une approche pragmatique: si l'actif en vaut la peine, ils renégocieront, sinon, ils ne s'encombreront pas d'un dossier trop consommateur en temps. » Pour les fonds d'investissement, la question prend une tournure presque morale : après avoir largement profité des bénéfices de leurs entreprises en portefeuille pendant les années fastes, ne devraient-ils pas, en retour, soutenir ces mêmes entreprises en situation de crise?? pas pressés de payer«?Si le fonds a déjà obtenu une grosse partie de sa plus-value sur son investissement, sa motivation pour remettre de l'argent sera dès lors beaucoup plus faible?», explique Eric Cartier-Millon, du cabinet Gide Loyrette Nouel. Pourtant, les sommes restantes dans les caisses du capital-investissement se chiffrent en centaines de millions d'euros (voir illustration). Aux états-Unis, selon peHUB et Buyout Research, depuis début janvier, onze sociétés sous LBO se sont placées sous la protection de la loi des faillites américaine, le fameux «Chapter 11», faute de soutien du fonds d'investissement qui les détenait. Dernier cas en date ? Le fournisseur de pièces automobiles, Fluid Routing Solutions, détenu par Sun Capital Partners depuis 2007. En France, les grands fonds de LBO ne se hâtent pas non plus pour payer leur écot. LBO France, qui détient le fabricant de tuiles Terreal, se contente pour l'instant d'étudier avec les créanciers un plan visant à apporter 70?millions d'euros sous la forme d'un prêt remboursable in fine et rémunéré à 15?% pour sortir la société de l'impasse. Le fonds français PAI Partners, qui renégocie actuellement avec les banques la dette du spécialiste de la toiture Groupe Monier ainsi que celle de Financière Gaillon?8, la structure propriétaire de Kaufman & Broad, n'entend pas non plus mettre la main à la poche. PAI n'est de toute manière pas dans une situation d'urgence puisque, comme l'assure une source interne, «même si Kaufman & Broad et Groupe Monier sont valorisés à zéro dans le portefeuille, le taux de rentabilité accordé aux investisseurs dépassera les 15?%». Alexandre Maddens

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.