La double peine du péril vieux

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La vie après 60 ans sera l'un des sujets abordés par Nicolas Sarkozy devant le Congrès réuni lundi prochain à Versailles. Il est singulier de voir le président de la République reparler si vite du problème des retraites, au risque d'inquiéter les Français, alors que chacun s'interroge encore sur les scénarios de sortie de crise. La retraite à 60 ans reste un chiffon rouge pour les syndicats qui font valoir que les mauvaises pratiques des entreprises à l'égard de leurs salariés seniors suffisent à légitimer le maintien de ce dernier héritage social des années Mitterrand. Ni la réforme Balladur de 1993 (la plus dure, celle qui a modifié les règles de calcul pour liquider sa retraite dans le privé), ni la réforme Raffarin-Fillon de 2003 (qui a égalisé le privé et le public) n'ont osé s'attaquer à l'âge légal du départ de la vie active. Même le « rendez-vous de 2008 » a évité soigneusement cette question, pour concentrer le tir sur les régimes spéciaux. Si Sarkozy peut se permettre de relancer ce débat tabou de la retraite à 60 ans, ce n'est pas pour profiter de l'apparent essoufflement de la capacité de mobilisation syndicale. Les Français seraient prompts à se manifester dans la rue si une telle réforme leur apparaissait unilatérale ou injuste. Non, si le chef de l'état rouvre, prudemment, ce dossier, c'est parce qu'il compte en tirer un bénéfice politique, en renouant avec l'esprit de la « rupture » de 2007. Jusqu'à la crise, on pouvait encore se bercer de l'illusion que la question du financement des retraites serait pour partie résolue par l'amélioration de l'emploi. La perspective du retour à un taux de chômage de 10 %, voire 11 % en 2010 renverse complètement les projections des experts. Or les chiffres sont têtus : compte tenu de la baisse inéluctable du nombre des actifs, le besoin de financement du régime vieillesse (8 milliards d'euros cette année) va s'envoler à des niveaux insoutenables pour la dette publique (100 à 150 milliards d'euros en 2050). À défaut d'augmenter fortement les cotisations, piste suicidaire à long terme, le gouvernement n'a que deux options possibles : diminuer le niveau des pensions (une catastrophe pour le président du pouvoir d'achat) ou continuer à allonger la durée de cotisation. Certes, on a déjà commencé à le faire sans toucher à l'âge légal. Mais il est peut-être temps de sortir de cette hypocrisie et de donner aux jeunes ? ces futurs vieux ? une idée plus claire de la vie qu'ils auront après 60 ans. D'autant qu'ils vont devoir payer deux fois : pour la dette héritée de leurs parents, qui s'accumule, et pour leur propre retraite. Or Nicolas Sarkozy a toujours été opposé à la double peine?pmabille@latribune.frphilippe mabille

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