Les géants de demain tiennent leur sommet à Ekaterinbourg

mondialisationPour tenir leur premier sommet, les grands pays émergents (Brésil, Russie, Inde et Chine, ou Bric) ont choisi un haut lieu de l'histoire : Ekaterinbourg, la ville de l'Oural où furent assassinés Nicolas II et sa famille en 1918, donnant l'ultime coup de grâce à la Russie des tsars. Aujourd'hui, les Bric  veulent ajouter une nouvelle pierre blanche, marquant l'entrée dans un nouveau monde où leurs voix seraient plus entendues et où l'hégémonie américaine serait battue en brèche.Lors des discussions entre les chefs d'État ou de gouvernement présents (Dmitri Medvedev, Luiz Inacio Lula Da Silva, Manmohan Singh, Hu Jintao), il sera aujourd'hui question des réformes à apporter au désordre monétaire actuel, de la fin du dollar roi, de la gouvernance mondiale, de la réforme du Fond monétaire international (FMI) et du changement climatique.Les dirigeants des émergents le croient : l'après-crise va les renforcer face aux puissances industrialisées, responsables de la tourmente financière qui a frappé l'économie mondiale. L'activité chinoise pourrait être parmi les premières à redémarrer en dépit des incertitudes qui subsistent, selon certains économistes, entraînant ainsi d'autres pays émergents exportateurs et stimulant les échanges commerciaux Sud-Sud. Les pays du Nord n'ont-ils pas déroulé le tapis rouge aux émergents, lorsqu'ils se sont joints à deux reprises au club du G20 (pays industrialisés et émergents) à propos de la réforme du capitalisme financier ? Les Bric entretiennent pourtant une relation complexe avec les États-Unis. Certes, ils détiennent d'opulentes réserves de change (plus de 40 % des 6.000 milliards accumulés dans le monde), une partie importante étant entre les mains de la seule Chine. L'empire du Milieu est le premier créancier des États-Unis, et la Russie le cinquième.difficile émancipationIls savent aussi que ces créances menacent de se transformer en piège. Le dangereux creusement du déficit budgétaire américain (12 % du PIB attendu cette année), résultant du coûteux plan de relance mis en ?uvre par Barack Obama, menace leurs actifs libellés en dollars. Que survienne une perte de confiance dans le billet vert, et ces actifs détenus par les Bric se déprécieraient. D'où leur souhait de réduire l'emprise de la devise américaine sur l'économie mondiale. La Chine et le Brésil ont récemment déclaré vouloir détrôner le dollar de son statut d'instrument privilégié de paiement pour leurs échanges commerciaux. De son côté, la Russie pourrait bientôt facturer son pétrole à Pékin en roubles, dont elle ferait bien l'une des futures devises internationales.Mais cette stratégie d'émancipation a ses limites. Elle fragilise le dollar et menace justement de précipiter la dépréciation d'actifs que redoutent les Bric. Elle bute aussi sur les divergences d'intérêt au sein des émergents. La Chine entretient une relation mi-rivale mi-alliée avec Washington (voir article ci-contre). L'Inde, elle, refuse que le sommet des Bric tourne à l'agression anti-États-Unis et souligne « l'énorme intérêt à ce que l'économie mondiale marche bien, reste ouverte et continue à croître ». Pour Delhi, le bilan du sommet doit être « constructif ». velléités russesÀ l'opposé, la Russie, plus durement frappée par la crise, voit en les États-Unis son rival et veut utiliser le front des émergents pour satisfaire ses ambitions. Ces derniers jours, la Chine, l'Inde et le Brésil ont dissuadé Moscou de faire la promotion du rouble. La présidence russe a dû revoir l'ordre du jour du sommet, transformant un projet de réquisitoire contre le dollar, par la création d'une devise supranationale émise par le FMI, en un vague plaidoyer pour une « réforme des institutions financières internationales ». « Nous n'insisterons pas sur la tenue d'un sommet Bric chaque année », a admis Moscou.

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