L'Europe de Jean-Pierre JouyetIl est le seul haut fonctionn...

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L'Europe de Jean-Pierre JouyetIl est le seul haut fonctionnaire de sa famille et, comme il le dit, « battre l'estrade, ce n'est pas son truc ». On est alors tenté de se pencher sur le long CV de Jean-Pierre Jouyet, aujourd'hui président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), pour y déceler le fil rouge d'un parcours riche en rebondissements. « Toutes les fonctions qui ont eu trait à l'Europe ont été passionnantes. Dans chacune d'entre elles, j'ai appris. Mais c'est vrai que les missions qui sont à la jointure de ce qui est technique et politique m'ont particulièrement plu. » Hier secrétaire d'État aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet fut aussi, entre autres, directeur du Trésor, directeur adjoint du cabinet de Lionel Jospin, directeur de cabinet de Jacques Delors à la Commission européenne et de Roger Fauroux à l'Industrie? « Il y a deux dimensions dans ces fonctions, dit l'intéressé, une d'animation d'équipe et de management, et c'est une dimension que j'aime profondément. L'autre est que dans toutes ces fonctions, y compris à la direction du Trésor ou de l'AMF, vous êtes à la jointure du technique et du politique. »À ce moteur, Jean-Pierre Jouyet ajoute une passion : l'Europe. Ce fils de notaire va d'abord la découvrir grâce à Roger Fauroux, ancien patron de Saint-Gobain, qu'il rejoint à l'Industrie, en 1988. « Un mentor, un guide. » En 1991, deuxième rencontre : Jacques Delors, alors président de la Commission européenne, dont il est le directeur adjoint aux côtés de Pascal Lamy, qu'il remplacera par la suite. « Jacques Delors et Pascal Lamy m'ont appris qu'on pouvait avoir des convictions social-démocrates et une vision de l'Europe ouverte sur le reste du monde, combinant économie de marché et solidarité. Ils m'ont aussi appris sur le plan personnel la rigueur? ! », dit ce Gracques « chrétien-démocrate mâtiné de social-démocrate, ou l'inverse ». Et de pointer du doigt aujourd'hui la nécessité pour l'Europe de ne pas oublier son modèle? Une réminiscence peut-être de son passage au secrétariat d'État aux Affaires européennes dans le gouvernement de François Fillon.Passage douloureux ? « J'ai cru qu'il était possible de transgresser les clivages et de faire bouger les lignes. Ça me paraît possible sur le plan des missions, c'est pour ça que je préfère garder un statut de conseil et de passeur plutôt que de m'engager en politique parce que l'affrontement ? que je pense durable en France ? ne correspond pas à ce que je crois. »La culture du compromis et des rapprochements, voilà ce qui caractérise Jean-Pierre Jouyet. « J'ai beaucoup de respect pour ceux qui font de la politique élective, j'en ai eu envie vers 1988, j'aurais pu le faire, mais je ne l'ai pas fait, et ce n'est pas maintenant que je vais m'y lancer. » Pour justifier son départ du gouvernement à la fin de 2008, il évoque des raisons d'équilibre personnel : à eux deux, Jean-Pierre Jouyet et sa femme, Brigitte Taittinger, ont eu? dix enfants ! « Il avait adoré ce qu'il avait fait pendant un an et demi, il était extrêmement attaché à l'Europe, ça a été un acte compliqué, mais voilà, il fallait le faire? », dit-elle. « L'Europe reste pour moi un horizon indépassable », confirme le président de l'AMF, où toute la régulation reste à construire : « C'est comme si vous aviez fait l'Europe de Schengen sans contrôle aux frontières. On en est là sur le plan financier. Il y a une Europe de la sécurité financière à bâtir, une supervision des produits qui circulent et des règles applicables pour protéger les épargnants et les investisseurs à renforcer au niveau européen. Et pour cela on a besoin, surtout, de politique. » Comme lui avait déjà dit son père, tout se passera désormais au niveau européen?Tatiana Renard-Barzach

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