Fillon maintient un budget caduc

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La situation ne manque pas de sel. Elle pourrait même intéresser le Conseil constitutionnel en posant la sempiternelle question de la sincérité du budget. En effet, au moment où la commission des Finances de l'Assemblée entame l'examen du projet de budget pour 2009, le Premier ministre met en doute la pertinence de l'hypothèse de croissance (1 %) qui fonde ce projet de loi de finances (PLF). En fait, tenir cet objectif de 1 % relève de la gageure comme en atteste le rapport publié hier par le sénateur UMP Philippe Marini. Pour lui, compte tenu de l'acquis de croissance de 2008, il faudrait que le PIB progresse de 0,4 % ou 0,5 % par trimestre l'an prochain pour que la France affiche une hausse de 1 % en 2009. L'aggravation de la crise rend improbable ce scénario, le Fonds monétaire international prévoit pour l'économie française une croissance limitée à 0,2 % l'an prochain.Mécaniquement, qui dit moindre croissance dit recettes inférieures aux attentes. Certes, le gouvernement a retenu dans son projet de budget une élasticité des recettes au PIB très prudente - 0,8 % quand la moyenne de longue période est de 1 % - mais le risque est tout de même qu'avec une " panne de croissance " cette prévision se révèle encore trop optimiste.Un haut fonctionnaire de Bercy évoque la possibilité que les rentrées stagnent en 2009 au niveau qui sera le leur en 2008 et ce d'autant que François Fillon prend l'engagement de ne pas augmenter les impôts. Toute hausse des prélèvements, sur les ménages comme sur les particuliers, ne viendrait qu'aggraver la situation d'agents économiques englués dans la crise.PAS DE PLAN DE RELANCE DE LA CONSOMMATIONFace à la détérioration du contexte économique, le Premier ministre écarte une nouvelle fois toute idée de plan de relance de la consommation n'y voyant qu'une façon de " tirer des chèques sur l'avenir ". François Fillon admet néanmoins que des " ajustements en cours d'année " seront sans doute nécessaires, en évoquant notamment les emplois aidés (lire ci-dessous). Le chef du gouvernement a réitéré l'intention de la France de maîtriser la dépense (au niveau de l'inflation pour le budget de l'État), en conséquence de quoi le financement de ces ajustements devra résulter d'économies sur d'autres postes de dépenses. Mais comme le disait au début de l'été le sénateur UMP, Philippe Marini, rapporteur du Budget au Sénat, " il ne suffit pas de dire que l'on va faire des économies, il faut dire lesquelles ".Le fait que la grande radiographie des dépenses publiques - la fameuse révision générale des politiques publiques - se soit interrompue au moment de passer au crible les dépenses sociales illustre parfaitement à quel point le sujet est sensible politiquement. L'UMP Gilles Carrez, rapporteur général du Budget à l'Assemblée, que l'on peut difficilement accuser d'être un adepte de la dépense publique, exclut d'ailleurs que soient décidées des économies supplémentaires, là aussi pour ne pas aggraver la crise. En fait, certaines dépenses (prestations, allocations, etc.) qui fonctionnent en guichet risquent même d'augmenter avec la remontée du chômage.Recettes plombées par la croissance, dépenses orientées à la hausse : le risque de voir le déficit public être supérieur aux 2,7 % prévus est loin d'être négligeable. Dans son rapport préalable à la loi de programmation des finances publiques, Gilles Carrez estimait que, avec une croissance de 0,5 % en 2009, le déficit des administrations publiques toucherait les 3 % du PIB. Et comme un mirage, l'objectif d'atteindre un niveau proche de l'équilibre en 2012 s'éloigne encore.

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