Le secteur financier helvétique touché, mais pas coulé

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Que va devenir l'économie suisse avec ce nouvel accroc dans le secret bancaire ? La réponse est un vrai casse-tête. D'abord, parce que le volume des actifs étrangers gérés en Suisse et concernés par l'annonce de vendredi est difficile à évaluer. La BNS évalue ainsi les actifs étrangers à 1.000 milliards de francs suisses (648 milliards d'euros), soit deux fois le PIB du pays, mais l'association des banquiers suisses avance le chiffre de 2.150 milliards de francs suisses. Reste ensuite à évaluer quelle est la part de cette somme qui est réellement liée à des raisons fiscales. Pour les banquiers, celle-ci n'est pas dominante. « Les investisseurs qui viennent en Suisse cherchent avant tout des opportunités, une sécurité et une confiance qu'ils ne trouvent pas chez eux », assure Michel Dérobert. Le député socialiste Rudolf Strahm a évalué que les fonds issus de l'évasion fiscale représenteraient entre 1 % et 2 % du PIB seulement et concernerait « trois douzaines de banques » sur les 330 enregistrées dans le pays. Du coup, le choc sera limité. Bien plus que si le pays avait été mis au ban de la communauté internationale. Car si la finance compte pour 11,8 % du PIB suisse, l'économie suisse est surtout dépendante des exportations de produits manufacturés (40 % du PIB). Pourtant, début mars, les patrons suisses s'étaient fortement inquiétés des menaces de « liste noire » alors que le pays est en récession depuis la fin de 2008. Des arguments qui ont sans doute pesé à Berne.stratégie innovanteReste que les banquiers privés vont devoir changer. Pour Cédric Tille, professeur d'économie à l'Institut des hautes études internationales de Genève, « la distinction entre fraude et évasion fiscale était une sorte de ?droit de douane? pour la finance suisse, un ?oreiller de paresse? sur lequel elle ne pourra plus dormir ». Reste aux banquiers suisses à réapprendre une vieille tradition suisse : « Dans un pays sans ressources naturelles, nous avons proposé à l'export des services et des produits à haute valeur ajoutée : jadis, les mercenaires, ensuite l'horlogerie ou la mécanique de précision. Il faudra que les financiers développent désormais une stratégie innovante sur le long terme. » Une adaptation qui pourrait coûter cher la Suisse, en particulier à Genève, où les banques privées sont très nombreuses. R.G.

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