Émissions sous influence

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L'argent est là. Les assureurs et les gérants institutionnels, las de l'attentisme des marchés, ont réservé un bon accueil, qui ne se dément pas, aux émissions de dettes des entreprises du CAC 40. De sorte que la Société Généralecute; Générale a revu en hausse à 150 milliards d'euros son estimation d'émissions obligataires européennes non financières en 2009. Ce sont celles-ci qui se taillent la part du lion des 30 milliards déjà levés sous forme d'obligations par les membres du CAC 40 depuis le début de l'année, puisque les institutions financières fragilisées préfèrent le plus souvent avoir recours aux structures mises en place avec la garantie des États plutôt que de venir solliciter le marché directement. C'est trois fois plus qu'en 2007 et six fois plus que l'année dernière.jamais vu depuis 1929Face à la demande des entreprises, les souscripteurs ont d'autant plus répondu présent que jamais, depuis la crise de 1929, le risque de défaut des entreprises n'a été si bien rémunéré. Avec des rendements qui peuvent dépasser 9 % à l'émission, le marché intègre des taux de faillite extrêmes qui atteignent parfois 45 % pour des sociétés disposant pourtant de notation de qualité (BBB). D'autant que les sociétés qui se sont présentées sur le marché primaire sont les mastodontes bien notés par les agences de notation?: EDF a levé plus de 8 milliards d'euros et GDF-Suez près de 5,5 milliards. Le marché tarde encore à accueillir des sociétés rangées dans la catégorie spéculative des « junk bonds », ou obligations pourries, même si, fin janvier, on a pu voir une émission du fabricant allemand de matériel médical Fressenius d'un montant de près de 750 millions d'euros (les deux tiers étant libellés en dollars). Mais cet exemple est resté isolé.Dans ce contexte de réouverture conditionnelle du marché obligataire pour les emprunteurs de qualité qui acceptent de payer le prix fort, les entreprises ne peuvent pourtant pas trouver dans le financement par la dette la réponse à tous leurs besoins de financement, d'autant que les investisseurs exigent une forte baisse du levier d'endettement. Les banques, pour les accompagner et garantir ces opérations, exigent aussi un profil minimisant leur propre risque. Le juge de paix est le coût du capital. L'entreprise doit choisir entre des taux d'intérêt prohibitifs et les conséquences que suppose une émission d'actions assortie d'une forte décote du prix des actions nouvelles. La limite toutefois reste fixée par les banquiers. En cas de crise, ils tiennent facilement le discours suivant : « pourquoi voulez-vous que l'on y croie, si vos actionnaires n'y croient pas », et sur ce point, ils est difficile de les blâmer. convertibles boudéesQuant à la solution hybride des obligations convertibles qui paraissent très adaptées à un marché toujours marqué par un forte volatilité, on peut s'étonner de ne voir fleurir aucune émission de ce type. Selon Hatem Dohni, responsable du pôle volatilité chez CCR, la réponse est à chercher du côté des banques qui rechignent à apporter leur garantie sur ces émissions. Christophe Tricaud

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