« France et Amérique ne peuvent pas être d'accord sur tout »

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Avec le changement de président en France en 2007 puis, aux États-Unis, avec l'arrivée de Barack Obama, les difficultés apparues en 2003 dans la relation franco-américaine sont-elles derrière nous ?Il ne s'agissait pas de « difficultés », mais d'un désaccord entre Jacques Chirac et George Bush, et Jacques Chirac avait raison sur le fond. Mais à la fin de la présidence de Jacques Chirac, les relations franco-américaines étaient redevenues paisibles, sans affrontement particulier, alors même que l'erreur américaine apparaissait dans toute son ampleur. Il n'y a donc pas eu à faire de rupture en 2007, contrairement à ce qui a été raconté. On traite trop souvent la relation franco-américaine de façon émotionnelle et sentimentale. Même deux pays alliés, comme les États-Unis et la France, ne peuvent pas être à l'unisson sur tout : il existe forcément des désaccords, plus ou moins nombreux selon les moments, le style, les relations personnelles au sommet. Ce n'est pas un drame. Il faut les gérer calmement.Le nouveau président américain ne donne pas l'impression d'avoir une inclination pour l'Europe. Comment voyez-vous évoluer la relation transatlantique ?Du point de vue américain, l'Europe ne pose pas de problème particulier aux États-Unis, d'autant qu'elle est globalement très complaisante. Elle n'est pas non plus une solution. Elle n'a pas de raison d'être en tête des priorités du nouveau président. Il y a d'abord, pour lui, à traiter la crise économique donc, la Chine, mais aussi l'Irak, le Proche-Orient, l'Afghanistan ou le Pakistan. Ce qui n'est d'ailleurs pas forcément mauvais pour des rapports dédramatisés dans la relation transatlantique. Ceci dit, je crois qu'Obama, qui succède après une administration Bush déplaisante dans son style, notamment avec ses alliés, et fourvoyée dans le fond, apparaîtra facilement agréable aux yeux des Européens. Mais ces derniers n'ont pas spontanément la même analyse sur les grandes questions stratégiques. Ils ont donc du mal à se faire entendre des Américains. Si l'Europe veut peser, il faudra au minimum qu'il y ait un point de vue commun entre Londres, Berlin et Paris.Dans le climat de crise économique, ne craignez-vous pas une exacerbation des différends sur le plan commercial ?L'année 2009 va être très dure sur le plan économique et il y aura nécessairement des divergences sur la façon dont chaque État doit gérer la crise et ses plans de relance. Il faut les harmoniser. Certes, aucun pays ne va devenir globalement protectionniste. Mais il est probable qu'Obama introduise quelques protections en recourant à des arguments sociaux, environnementaux? Chaque pays fera un peu cela pour défendre ses entreprises importantes : ce n'est pas un drame si c'est limité, négocié et harmonisé. C'est pourquoi la concertation internationale économique entre les Américains et les Européens va être plus importante encore dans les prochains mois que les discussions géopolitiques. Ce dialogue peut aussi avoir lieu de façon bilatérale, entre l'Union européenne et les États-Unis, dans le cadre du G7 Finance, et enfin dans celui du G20, selon le processus important qui a été lancé par Nicolas Sarkozy pendant la présidence française.L'image de l'Amérique dans le monde a été fortement dégradée dans les années Bush. Barack Obama peut-il restaurer l'image des États-Unis ?Depuis longtemps, les États-Unis sont autant admirés que conspués. L'image des États-Unis sous Bush était devenue la plus mauvaise jamais mesurée, pour des raisons de style, de brutalité, de guerre, de recours à la force? Le simple fait que Barack Obama ait été élu a déjà changé la donne : je suis convaincu que l'image de l'Amérique s'est déjà transformée. Ensuite, tout va dépendre de ce qu'il va faire. Je crois à une amélioration d'image relative. En Europe, celle-ci est extrêmement forte : l'extase européenne n'est pas fondée sur une analyse politique, mais sur une idéalisation d'Obama. Dans le reste du monde, cela dépendra de son action. Je ne pense pas qu'il puisse restaurer le leadership américain à l'ancienne, car nous vivons désormais dans un monde multipolaire, dur, compétitif et instable. Mais il est certain qu'il dispose d'un potentiel énorme pour rétablir, par exemple, au moins l'image de l'Amérique de Clinton, malgré la crise.Sur de nombreux aspects ? racial, économique, fiscal ?, Obama incarne une « rupture ». Est-ce aussi le cas pour la politique étrangère ?Oui, Obama incarne une rupture avec le dogmatisme de Bush ! Mais les Américains ne l'ont pas élu pour cela, pour rompre avec la conception du monde qu'avait le président sortant. Ils l'ont élu pour qu'il les protège de la crise. En politique étrangère, il s'en est tenu à des propos prudents et pragmatiques. J'étais à Washington il y a quelques jours : j'ai été frappé par le fait que personne ne sait ce qu'il va décider, mais tout le monde a confiance dans ce qu'il va décider? C'est l'état de grâce. On sait qu'il n'est pas idéologue : il ne va pas substituer au dogme néoconservateur un dogme Obama. n hubert védrine, ancien ministre des affaires étrangèresLa concertation internationale économique plus importante que les discussions géopolitiques.relève à la maison-blanche

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