Sarkozy l'Européen version 3.0

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Il y a eu Sarkozy l'Européen version 1.0, celui de la campagne de 2007 et de la première année de présidence, façon : « je vais tout casser ». Le pouvoir d'initiative de la Commission, la jurisprudence de la Cour de justice, le pacte de stabilité : tout cela était à changer. Il fallait au contraire l'Union pour la Méditerranée, un gouvernement économique et une politique industrielle plutôt que de la concurrence. Puis est venue la version 2.0, celle de la présidence française, façon : « je vais tout faire ». Elle a donné l'accord de paix russo-géorgien et les réunions du G4 et du G20 sur la crise financière. Elle a expiré en décembre en même temps que l'espoir de prolonger ce magistère par une transformation de l'Eurogroupe, actuellement composé de ministres, en Conseil européen bis? sous présidence sarkozyenne. Au même moment, on mettait le point final au « paquet climat », un pur produit du système, qui devait bien peu aux fulgurances de la volonté élyséenne et beaucoup à l'art typiquement bruxellois du compromis. Enfin, la voie se dégageait pour un « oui » irlandais au traité de Lisbonne, lequel devrait conforter le rôle d'impulsion de la Commission et renforcer le poids des eurodéputés face aux ministres du Conseil. Le terrain était prêt pour l'arrivée d'une version 3.0, celle du retour du jeu collectif et de la reconnaissance de la méthode communautaire. Ce ne sera pas le cas. Le discours de Nîmes, pendant la campagne des européennes, a donné le ton. Le scepticisme du conseiller spécial du président, Henri Guaino, y pointe à chaque ligne. On y cherche en vain une invitation à aller voter. « Depuis trois décennies, [?] l'Europe suit le mouvement ». 1979, c'était avant l'euro, avant la politique de la concurrence, avant le marché unique, avant? l'Union européenne.concurrence fiscaleLa reconduction de José Manuel Barroso à la tête de la Commission par un directoire franco-allemand confirme le glissement vers un « intergouvernementalisme » de bon aloi. Dans un surprenant renversement de l'équilibre institutionnel, les chefs d'État utilisent la volonté de s'affirmer du Parlement pour monnayer leur soutien à José Manuel Barroso contre une créance sur la prochaine Commission. La crise a par ailleurs remis les gouvernements sur le chemin d'un état de guerre économique qui mine le marché unique. La concurrence fiscale joue à plein. Et nulle initiative fédératrice indique que cela puisse changer. « La guerre froide et le plan Marshall n'auraient pas suffi à créer les Communautés s'il n'y avait pas eu Jean Monnet », remarque le président de la Fondation de Madariaga, Pierre Defraigne. Y aura-t-il une version 4.0 ?Florence Autret, à Bruxelle

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