Atos : Germond avait déjà perdu

Philippe Germond n'a pas vu partir le coup. Vendredi 14 novembre, le président du directoire d'Atos Origin présentait, comme prévu, les résultats trimestriels et la stratégie de la société de services informatiques devant des analystes et des investisseurs. « Il n'était pas dans la position de quelqu'un sur le départ », assure un participant à la réunion. 48 heures plus tard, Philippe Germond est pourtant démis de ses fonctions par le conseil de surveillance. « Il a semblé très surpris et abattu », raconte une personne présente dimanche lors de l'annonce du verdict. Après les résultats du troisième trimestre, et l'approbation de sa stratégie fin octobre par le conseil de surveillance, Philippe Germond pensait avoir la confiance de ses administrateurs.Pourtant, selon des sources concordantes, le destin de Philippe Germond était joué depuis plusieurs semaines. « L'idée du changement était dans l'air depuis longtemps, confie un administrateur. Tous les membres du conseil de surveillance étaient d'accord sur ce point. » D'une part, la lutte ouverte contre les fonds actionnaires Centaurus et Pardus au printemps dernier pour les empêcher d'entrer au conseil de surveillance avait laissé des traces. « Personne n'avait oublié le coup de Philippe Germond lors de l'assemblée générale du 22 mai dernier quand il a décidé d'ajourner dans la confusion la réunion pour mieux négocier avec les fonds », explique une source proche des fonds d'investissement. Ensuite, si PAI (l'ex-Paribas Affaires Industrielles désormais indépendant), devenu après l'AG le premier actionnaire de la SSII, était prêt à lui laisser du temps, le fonds aurait été rapidement « énervé par l'attitude de Philippe Germond, jugé trop dilettante et pas suffisamment à l'écoute des recommandations des trois fonds actionnaires ». Or, à eux trois, PAI, Centaurus et Pardus ont investi près de 1 milliard d'euros pour détenir 38 % du capital d'Atos Origin. D'où leurs exigences.gouvernance en questionRestait à trouver un successeur à Philippe Germond. Thierry Breton, disponible, veut absolument reprendre la direction d'une entreprise, mais vise plutôt une entreprise du CAC 40. Ses relations amicales avec plusieurs administrateurs d'Atos ont facilité l'accord : Michel Combes avait été nommé directeur financier de France Télécom par Thierry Breton, et Bernard Oppetit (Centaurus) est un camarade de lycée. Tous sont proches de l'influent Claude Bébéar, qui avait pris la parole l'hiver dernier pour dénoncer le traitement qu'Atos réservait à Centaurus et Pardus.Une fois convaincu, son arrivée à la tête d'Atos Origin est une formalité. Si plusieurs candidats ont été contactés, le comité des nominations, présidé par Jean-François Cirelli, n'en aurait auditionné qu'un : Thierry Breton. Dimanche après-midi, alors que le fauteuil de Philippe Germond est encore chaud, le conseil de surveillance vote à l'unanimité la nomination de l'ancien ministre à la présidence du directoire.Côté gouvernance, les grands principes proclamés au printemps semblent mis de côté. Philippe Germond part avec un chèque de quelque 4,5 millions d'euros, soit deux années de salaires (fixe + variable) pour un mandat qu'il a exercé treize mois. Quand aux conditions d'arrivée de Thierry Breton, elles ne seraient pas encore finalisées. Mais, de bonne source, l'ancien patron de France Télécom se montrerait « gourmand ».

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