« Je n'ai jamais imaginé vivre un tel moment »

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Plus de deux mois après l'élection de Barack Obama, Mahalia, 82 ans, descendante d'un esclave noir employé dans les champs de coton du Mississippi, n'en revient toujours pas. À midi, elle sera devant son poste de télévision, chez elle, dans le quartier à majorité noire de Takoma, dans le nord-est de Washington, pour le voir prêter serment. « Je n'ai jamais imaginé vivre un moment pareil, raconte-t-elle. Bien sûr, je voulais y aller, seulement j'ai du mal à marcher et mon médecin me l'a déconseillé. » Mais ses petits-enfants, qui se mêleront aux deux à trois millions de personnes attendues, ont promis de lui ramener des photos de ce jour historique.Au soir du 4 novembre, la victoire d'Obama acquise, c'est par milliers que les habitants de la capitale fédérale, qui compte près de 60 % d'Afro-Américains, sont descendus dans U Street. Jusqu'à tard dans la nuit, ce fut une véritable explosion de joie, une liesse populaire rarement vue, rythmée par les concerts de tambours et de klaxons. Quarante ans plus tôt, au lendemain de l'assassinat de Martin Luther King, c'est dans cet ancien quartier déshérité qu'éclatèrent les violentes émeutes raciales qui allaient embraser plusieurs grandes villes du pays. « J'espère que, maintenant, on va s'occuper un peu plus de nous », confie Carolyn, une infirmière de 43 ans, qui peine à rembourser les traites de sa maison.Dès sa fondation, en 1791, Washington a abrité une population noire importante, au point de représenter jusqu'à la moitié des Afro-Américains des États-Unis. La ville, jugée progressiste, alimente alors toutes les aspirations d'émancipation et d'égalité des résidents noirs venus des États du Sud. Un siècle et demi plus tard, Washington accueille en 1928 le premier élu noir au Congrès : le républicain Oscar de Priest est le représentant de la banlieue ouvrière de Chicago, où quatre-vingts ans plus tard, Barack Obama officiera comme travailleur social.violence urbaineDans les années 1970, Washington DC est surnommée la « Chocolate city ». La communauté noire représente alors près des trois quarts de la population, à la suite de l'exode entamé, une vingtaine d'années auparavant, par une classe blanche exaspérée par les problèmes sociaux. Une communauté afro-américaine pauvre et peu qualifiée, qui se partage entre emplois subalternes, chômage et délinquance. Au milieu des années 1980, la violence augmente avec l'arrivée du « crack », et en dix ans le nombre de meurtres a été multiplié par quatre. Aujourd'hui encore, la capitale fédérale est considérée comme l'une des villes les plus meurtrières des États-Unis, avec plus de 160 morts violentes chaque année.un maire métisMais les choses tendent à changer depuis l'élection, début 2007, d'un jeune maire métis. Comme Barack Obama, dont il a été l'un des premiers soutiens, Adrian Fenty, 38 ans, est né de l'union d'une Blanche et d'un Noir. L'une de ses priorités a été d'entamer une profonde réforme d'un système scolaire laissé à l'abandon depuis plus de vingt ans. Avec des premiers résultats. Mais c'était sans compter avec la crise économique qui frappe de plein fouet une population déjà fragilisée. n

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