Delacroix, un homme d'image

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Entre Delacroix et la photographie, les rapports furent aussi doux qu'orageux. Doux lorsque, intéressé par ce nouvel art, il dirige les prises de vue. Orageux quand on le photographie, comme le raconte une belle exposition actuellement présentée au Musée Delacroix.Artiste reconnu, Delacroix s'estimait. Mais s'il avait une certaine opinion de lui-même, il n'aimait pas son physique. « Je me vis dans une glace et je me fis presque peur de la méchanceté de mes traits », dit-il un jour. Pourtant, l'artiste fut souvent photographié. Nadar et quelques autres l'immortalisèrent. Mais il fut si mécontent de son cliché qu'il demanda par lettre à celui-ci de le détruire. Ce qu'il ne fera pas, puisqu'il est exposé aujourd'hui. Il est vrai que Nadar révèle de Delacroix un caractère peu flatteur, le montrant de trois quarts, l'air conquérant, satisfait de lui-même. Hautain. Au bord du mépris.Pour Delacroix, la photographie c'est autre chose qu'un portrait. Il l'utilise comme outil pour sa peinture. Mais ne photographie jamais. Ce qui ne l'empêche pas de diriger les prises de vues, d'orienter et de décider du cadrage, laissant à son cousin Riesener le soin de prendre l'image. Les photos qu'ils réalisent servent ensuite à Delacroix de modèle pour ses dessins.Avec Eugène Durieu, le peintre pousse ses recherches au plus haut niveau. Ensemble, pendant deux jours, les 18 et 25 juin 1854, ils vont faire deux séances de prises de vue avec deux modèles que l'on appellera pour l'homme « Le Bohémien », pour la femme « L'Italienne ». Soit un ensemble de 32 photos ici présenté dans son intégralité aux côtés des dessins qu'ils ont inspirés au peintre. L'occasion d'un dialogue aussi intime qu'éblouissant.Mais Delacroix n'aime pas la photo réaliste. Alors il supprime tous les décors, allant ainsi à l'encontre de ce qui se faisait à l'époque. Il n'utilise donc pour ses images qu'un modèle et un nombre restreint d'accessoires. « Le corps humain sur lequel j'apprends à lire », dit-il. Ensuite, pour crayonner, il utilise des calotypes, ces tirages un peu flous réalisés d'après des négatifs sur papier.témoin précieuxLes albums photos qu'il se constitue le suivent où qu'il aille, à l'étranger ou en province. On raconte même qu'un jour, à Notre-Dame, au cours d'un Te Deum, il s'en est servi pour crayonner sur ses genoux. Cette exposition montre à merveille comment Delacroix a utilisé la photographie tout en s'en méfiant. Il sait qu'elle peut être un témoin précieux de son travail, pour avoir fait faire le cliché de l'un de ses « Christ » afin d'en conserver la trace une fois l'?uvre vendue. Apparaît ici cette approche de la vérité que recherche constamment l'artiste. Il la trouve dans ces nus dont il a imaginé la pose, dans la courbe d'une hanche, la saillie d'un muscle, l'érotisme d'un mouvement. Mais il ne reproduit pas. Il interprète. Son génie l'y pousse. n « delacroix  et la photographie ». Musée Eugène-Delacroix, 6, rue  de Furstenberg, Paris 75006. Tél.?: 01.44.41.86.50. Tlj sf mardi, de 9?h?30 à 17 heures. Jusqu'au 2 mars.

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