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Devenir entrepreneur de société de gestion devient de plus en plus difficile

La Tribune

Publié le 03 mai 2009 à 23:42 - Mis à jour le 03 mai 2009 à 23:42

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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L'époque est à la création d'entreprises, mais pas dans la gestion d'actifs. Selon l'Insee, le nombre de nouvelles sociétés était en hausse de 29 % en février par rapport à janvier. L'une des principales raisons de cette croissance est l'entrée en vigueur de nouvelles lois, comme celle sur le statut de l'autoentrepreneur, visant à simplifier les démarches des candidats. Dans la finance, en revanche, le constat est différent, puisqu'on enregistre une baisse de 5,4 % sur la période. Les chiffres de l'Autorité des marchés financiers (AMF) pour l'année 2008 confirment cette tendance. L'an passé, le régulateur a délivré 50 agréments de société de gestion, soit deux de moins qu'en 2007, année record. Mais cette stabilité des volumes cache une chute inquiétante des créations portées par de purs entrepreneurs (par opposition aux filiales de grands groupes bancaires et d'assurance), qui ne sont plus que 50 %, contre 60 % il y a deux ans.Les causes de cet écart sont connues. Il faut d'abord tenir compte d'un contexte réglementaire plus étoffé à la suite de la transposition en droit français de la directive européenne MIF (marché d'instruments financiers). « Elle impose un peu plus de contraintes dans la gestion au quotidien », admet Éric Robbe, président de Laffitte Capital Management, lancée en décembre 2007. Ensuite, la faillite de Lehman Brothers puis la crise de crédit qui a suivi ont entraîné une paralysie de l'industrie financière sans précédent.Aujourd'hui, les aspirants entrepreneurs doivent s'armer de patience et travailler d'arrache-pied pour présenter un dossier qui tienne la route devant leurs futurs partenaires financiers et clients, sans oublier le gendarme de la Bourse. « C'est incontestablement plus difficile aujourd'hui », acquiesce Marc Renaud, à l'origine de Mandarine Gestion, société de gestion agréée par l'AMF en pleine affaire Kerviel.échaudés par une division par deux de leurs participations, les fonds d'amorçage dédiés au financement des boutiques redoublent de prudence. Quand il décide de créer sa propre structure au cours de l'été 2007, Marc Renaud n'a eu que l'embarras « pour choisir parmi plusieurs solutions, au terme de négociations rapides et simples » et retenir trois actionnaires (Financière Dassault, UFG Investment Managers, AmLab) qui ont acquis conjointement 45 % du capital de Mandarine Gestion. investisseurs prudentsRien de tout cela aujourd'hui. Faute de convaincre des investisseurs institutionnels s'accordant le temps de la réflexion avant de prendre un ticket d'entrée, et plus particulièrement lorsqu'il s'agit de gestion alternative, les candidats sollicitent leurs proches ou certains anciens clients particuliers avec lesquels ils avaient l'habitude de travailler. Mais eux aussi imposent des règles strictes. Exit donc le rêve de locaux somptueux dans le triangle d'or parisien. Ceux qui veulent rester dans le VIIIe arrondissement de la capitale, gage de sérieux pour des investisseurs institutionnels, doivent se contenter d'un local passablement défraîchi en fond de cour et en lisière de ce quadrilatère sacré.Quant à l'autorité de marché, elle redouble de vigilance lorsque des créateurs sollicitent son agrément. Ce qui se traduit concrètement par un allongement du temps d'examen des dossiers à près de trois mois, contre moins de deux avant l'automne dernier. Ainsi, l'AMF n'a pas hésité à recaler de nombreux dossiers l'an passé car jugés peu solides. Ensuite, en relevant la barre du capital minimal des futures sociétés. Certes, ses textes imposent un plancher de 137.500 euros ou un quart des frais généraux consommé au cours d'un exercice. Mais, dans les faits, les dossiers validés réunissent au moins le double de cette somme, voire 300.000 euros, à en croire les échos glanés auprès de candidats dont les projets ont passé cette rampe. Surtout, les sages de l'AMF scrutent d'un ?il aiguisé tout ce qui relève des effets de levier, des « due diligences », du contrôle des risques. Le tout, au service d'une idée simple : tester les réactions des futures sociétés en cas de crise de liquidité, de rachat massif de la part des clients.meilleure pérennitéEn outre, l'AMF, les fonds d'amorçage et les « family offices » sollicités se focalisent plus particulièrement sur la qualité du management. Pour monter sa propre structure, l'Autorité des marchés financiers impose qu'il y ait au moins deux associés, c'est la règle des « quatre yeux ». Mais il est préférable qu'il y ait plusieurs associés dont l'un prime sur les autres. « L'AMF est très vigilante quant à la qualité de l'attelage : il n'est pas question de valider des alliances de circonstances entre nouveaux ou très vieux amis, et encore moins quand l'un des associés se révèle être un débutant. L'autorité cherche à déterminer si l'union tiendra en cas de tempête, si les complémentarités sont réelles », déclare Olivier Johanet, président de La Française des Placements Investissements, à l'origine de tutorat de jeunes pousses dédiées à la gestion d'actifs.Dans un contexte où les cordons de la bourse sont resserrés, où les négociations sont plus âpres et plus longues ? que ce soit avec le régulateur, les futurs actionnaires ou les clients ?, rien, ou presque, n'incite à franchir le pas. « À moins de 15 millions d'euros d'actifs gérés, une boutique aura du mal à atteindre son point mort », prévient Éric Robbe. Pourtant, à en croire Olivier Johanet, ce contexte recèle des éléments tout à fait positifs : « Dans la période actuelle, les dossiers doivent être plus structurés. En conséquence, les sociétés qui se sont créées récemment auront davantage de chances de pérenniser leur activité. »

La Tribune

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