Les iconoclastes de la Silicon Valley

Comme toutes les belles histoires de l'informatique, celle de Sun Microsystems commence un peu par hasard, beaucoup par passion. À partir de pièces détachées, Andreas Bechtolsheim, un étudiant de la Stanford University, construit une station de travail, c'est-à-dire un micro-ordinateur puissant. Reste à trouver le logiciel ad hoc pour la faire fonctionner. Nous sommes en 1982 et Bechtolsheim possède deux copains, Scott McNealy et Vinod Khosla, inscrits en mastère des affaires. Ils contactent William Joy, un spécialiste du système d'exploitation Unix de l'université de Berkeley. Les quatre compères s'associent ; Sun Microsystems est né, Sun signifiant Stanford University Network.En cinq ans, l'entreprise atteint les 500 millions de dollars de chiffre d'affaires. Le milliard est dépassé en 1988. Les ingénieurs sont dingues de ces machines relativement bon marché qui procurent, sur leur bureau, une forte puissance de calcul. Après l'introduction en Bourse de 1986, Sun Microsystems se lance dans la conception de processeurs, la série Sparc. Il licencie la technologie à d'autres acteurs de l'informatique pour augmenter le marché du Sparc et profiter d'un effet de masse. Scott McNealy, qui a pris la direction de l'entreprise en 1984, la positionne frontalement contre les puissants de son secteur, à savoir IBM et Hewlett-Packard. À cette époque, Sun est une société jeune, iconoclaste, dirigée par des trentenaires qui se gaussent publiquement des bourdes de leurs anciens. Scott McNealy n'a pas son pareil pour se moquer d'IBM. Il est drôle, il fait rire et Sun a le vent en poupe.Les choses continuent sur cette lancée pendant les années 1990, qui sont sans doute les plus brillantes de Sun. L'entreprise s'est positionnée au bon moment sur le marché des serveurs, ces grosses unités qui gèrent les informations à distance. Elle en vend des tombereaux au moment où Internet décolle. En 1996, elle lance le langage Java, qui permet de développer des applications indépendamment du matériel utilisé. Incidemment, Scott McNealy s'est trouvé une nouvelle tête de Turc, Bill Gates, le patron de Microsoft. Il décrit Windows comme un système d'exploitation bouffi, trop cher et trop lent. Puis, vers la fin des années 1990, Sun adopte une nouvelle stratégie. Le marché des serveurs est en plein boom mais la banalisation menace. Le seul moyen de renforcer l'attrait de ces machines est d'y incorporer du logiciel. D'où l'achat de Forte Software (développement d'application avec Java) pour 700 millions de dollars, mais aussi de Cobalt, un fabricant de serveurs fonctionnant avec le système d'exploitation Linux pour 2 milliards de dollars.pénible déclinCependant, sans s'en apercevoir, Sun perd de sa vista. En 2001, le chiffre d'affaires atteint le niveau record de 18,25 milliards de dollars mais la rentabilité a diminué. L'explosion de la bulle Internet est suivie par un pénible déclin. Scott McNealy a fini par lasser ; il laisse sa place à Jonathan Schwartz, un spécialiste du logiciel qui adopte le mode open source pour ses logiciels. Il dépense 1 milliard de dollars pour racheter MySQL, une base de données concurrente d'Oracle. Le but avoué de Sun était de démarcher les clients d'Oracle et leur proposer MySQL pour faire fonctionner les applications non critiques. Gageons que cet effort commercial ne va pas durer longtemps.Pascal Boulard 1982 : création de Sun Microsystems.1988 : 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires.1996 : Java est lancé.2001 : pic de l'activité.2009 : négociations avec IBM puis Oracle.

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