Bras de fer sur la réforme de l'hôpital

La grogne à l'hôpital va-t-elle faire boule de neige et s'installer durablement comme à l'université ? Les médecins hospitaliers mettent en tout cas une forte pression sur la ministre de la Santé afin qu'elle accepte des modifications à son projet de loi Hôpital, patients, santé, territoires, au moment de l'examen au Sénat à partir du 11 mai. « Le mouvement se durcit nettement », explique Francis Fellinger, président de la conférence des commissions médicales d'établissement (CME) de centres hospitaliers.Outre la journée de mobilisation générale le 28 avril, les présidents de CME menacent d'appeler les médecins, à partir du 1er mai, à une « grève du codage » (c'est-à-dire ne pas répertorier les actes médicaux effectués et priver ainsi l'hôpital de recettes) et à ne plus siéger dans les différentes instances de leurs établissements et des agences régionales d'hospitalisation (ARH). Selon Francis Fellinger, une grève du codage aurait déjà débuté à La Réunion et au CHU de Marseille.L'originalité de ce mouvement est de fédérer des mécontentements très disparates. « C'est un melting-pot curieux et sans projet, juge Guy Vallancien, chef du service d'urologie de l'Institut mutualiste Montsouris et favorable à la réforme. Les opposants au projet de loi Bachelot vont de l'extrême gauche à l'extrême droite. » Se côtoient en effet des médecins opposés « à la médecine mercantile », aux concepts de « productivit頻 et de « rentabilit頻 appliqués à l'hôpital ; des médecins inquiets de perdre du pouvoir au profit des directeurs d'hôpitaux ; et des syndicats d'internes et de médecins libéraux refusant la limitation des dépassements d'honoraires dans certaines cliniques en situation de quasi-monopole.Dans ces conditions, la tâche du gouvernement s'annonce délicate. Le ministère de la Santé a fait savoir qu'il était prêt à corriger à la marge les articles de son projet de loi les plus décriés par les présidents de CME, considérés jusqu'alors comme des partenaires raisonnables. Ces derniers demandent un rééquilibrage des pouvoirs entre les médecins et les directeurs d'hôpitaux. « Par exemple, nous voulons que le président de CME de l'hôpital participe activement à la nomination des chefs de pôle et à la désignation des représentants médicaux au sein du futur directoire de l'hôpital », indique Francis Fellinger. Alain Milon, le rapporteur (UMP) du projet de loi Bachelot au Sénat, appuie ces doléances. « L'organisation proposée, qui écarte largement les médecins des décisions et s'appuie sur un conseil de surveillance qui ne peut pas surveiller et un directoire qui ne dirige pas, ne garantit pas un fonctionnement très efficace de la communauté hospitalière et mériterait d'être rééquilibrée », a-t-il assené lors de l'audition de la ministre de la Santé au Sénat, le 8 avril dernier. « Le texte est inspiré par le rapport de Gérard Larcher [président du Sénat] et il n'instaure pas un directeur caporal à l'hôpital, indique- t-on au gouvernement. Nous allons trouver une solution, avec une rédaction qui conviendra aux sénateurs et aux présidents de CME. » De même, le directeur de cabinet de Roselyne Bachelot a rassuré lundi les internes. Selon leur syndicat Isnih, la ministre serait favorable au retrait de l'amendement voté à l'Assemblée nationale pouvant obliger des cliniques à effectuer une partie de leurs actes au tarif Sécu. « de piètres managers »Finalement, le gouvernement veut croire que la mobilisation des personnels hospitaliers, le 28 avril, ne sera « pas si forte que ça ». « La manifestation sera importante, car elle va servir d'exutoire, pense au contraire Guy Vallancien. Mais sans cette loi, l'hôpital va imploser. Et nous, les médecins, sommes responsables à 50 % du désastre actuel, car nous sommes de piètres managers. » De leur côté, les représentants des directeurs d'hôpitaux ont demandé hier au président de la République de ne pas « vider de tout sens » la réforme de l'hôpital, face au mécontentement exprimé par la communauté médicale. n les médecins craignent de perdre du pouvoir au profit des directeurs d'hôpitaux...

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