La parole présidentielle, de la rupture à la crise

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Nul étonnement à ce qu'un hyperprésident soit hyperbavard. Depuis deux ans, Nicolas Sarkozy a prononcé plusieurs centaines d'allocutions et de discours divers, parfois substantiels, qui sont rassemblés dans l'« élyséethèque » du site Internet de la présidence de la République. Durant la première année, c'est le thème de la réforme, celui du changement à la fois nécessaire et voulu, qui revient en toute occasion. Sarkozy est alors le président de la rupture, fidèle à sa campagne électorale.Le 25 septembre 2008, le discours de Toulon marque un tournant?: le motif de la rupture cède le pas à celui de la crise. L'Europe est alors au bord de l'asphyxie financière, quelques jours après la faillite de Lehman Brothers. Dans les semaines qui ont précédé la réunion du Zénith de Toulon, Sarkozy niait ? ainsi que tout le gouvernement, Christine Lagarde en tête ? la crise économique qui pointait, parce qu'il y voyait un contretemps, un obstacle au changement.Tout change fin septembre. À compter de Toulon, Sarkozy adopte la crise?: « Dire la vérité aux Français, c'est leur dire que la crise n'est pas finie », explique-t-il alors, qualifiant pour la première fois les événements de « sans équivalent depuis les années 30 ». S'il la fait sienne alors, c'est parce que la crise ne peut plus être niée. Mais aussi parce qu'il en fait un auxiliaire du changement, une raison de plus pour agir. Il a trouvé sa lecture de la crise ? c'est celle d'Henri Guaino, son conseiller et sa plume, qui a été l'un des premiers, dans les cercles du pouvoir, à en voir l'étendue ? et la stratégie politique qui lui répond. synthèse des contraintesLa crise n'est plus une entrave, mais au contraire un accélérateur de changement, un aiguillon pour l'action. Elle ne remet pas en cause le président de la rupture, elle valorise au contraire son esprit d'initiative. Peu après, Sarkozy réussira son coup de maître avec le sauvetage des banques européennes, parvenant à créer un consensus dans une Europe qui n'était pas habituée à réagir aussi vite. De la première à la deuxième époque, il y a des constantes. La critique de la spéculation, par exemple, avec son pendant, la célébration de la production et de l'industrie. Un des thèmes favoris des intellectuels de droite de l'entre-deux-guerres, Arnaud Dandieu et Robert Aron notamment, qui vivaient dans une conjoncture assez voisine de la nôtre? «tolérance double zéro»Autre constante, la critique de la mondialisation libérale, et la défense de la « protection » contre les effets dévastateurs du commerce mondial. Ou encore les jets de bile sur les « patrons voyous », les salaires délirants et les parachutes dorés. Ces figures prennent tout leur relief aujourd'hui, mais elles étaient présentes dans la rhétorique sarkozienne dès 2006. À cet égard, le discours fondateur est le beau texte prononcé à Agen il y a exactement trois ans, le 22 juin 2006, « pour une France du travail »?: « Je veux dire au patron voyou qui déménage son usine dans la nuit [?] que pour lui, ce sera tolérance double zéro. » Ou encore?: « Je veux dire à ce grand patron dont la gestion est un échec et qui négocie une prime d'éviction [?] que son parachute en or n'est rien d'autre qu'une forme d'abus de bien social. » C'était déjà Henri Guaino qui l'avait écrit. François Lenglet

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