«?Il y a toujours des excès et des surenchères??en matière de rémunération?»
La Tribune
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« La Tribune » : À deux mois de la réunion du G20 à Pittsburgh, comment avancent les discussions sur les problématiques bancaires ?Ariane Obolensky : Il faut préparer le terrain pour que cette réunion soit suivie de mesures concrètes. Dans certains domaines, comme celui des rémunérations, il y a urgence car nous observons des signes inquiétants. Aux États-Unis, mais aussi en Europe, il y a toujours des excès et des surenchères, notamment avec la persistance de bonus garantis ; mais il y a beaucoup d'autres sujets.Les banques françaises ne pratiquent-elles pas ce genre d'excès ?Non. Les banques françaises ont adopté, au début de l'année, un code sur les rémunérations variables fondées sur la prise en compte du risque. Par ailleurs, nous ne faisons pas le même métier que beaucoup de banques américaines et nous n'avons pas la même stratégie. Goldman Sachs, dont l'annonce du montant des bonus a provoqué un choc, réalise une importante partie de ses profits grâce au trading pour propre compte. Son modèle s'apparente plutôt à celui d'un fonds qu'à une banque telle qu'on la conçoit en France, fondée sur une logique d'accompagnement du client et dont le bilan sert avant tout à faire des prêts à l'économie.Que proposez-vous ?Il n'est pas question de recourir à « une loi internationale » mais il est indispensable que l'ensemble des pays du G20 se mettent d'accord sur un socle de principes communs. Nous savons bien qu'il faut respecter les différences culturelles, notamment entre l'Europe et les États-Unis, mais l'économie internationale a aussi besoin d'une concurrence équitable. Concernant les opérateurs de marché, leurs rémunérations doivent être étroitement liées au profil de risque, à la performance réelle et au coût du risque qu'ils génèrent.L'Europe ne peut donc pas agir sans les États-Unis ?Nous sommes dans un univers global. Pour que des accords efficaces soient trouvés, il faut que les États-Unis et l'Europe coopèrent. Dans cet échange, l'Europe doit évidemment être unie et faire valoir ses positions afin d'établir de principes cohérents au niveau mondial. S'agissant des rémunérations, des propositions viennent d'être faites au Royaume-Uni.Les négociations autour des paradis fiscaux avancent-elles ?Sur les paradis fiscaux, la FBF a pris des engagements précis. Nous examinons ce sujet maintenant au niveau de la Fédération bancaire européenne. Celle-ci a adressé une lettre au G8 pour lui indiquer son souhait de travailler sur ce sujet, sa volonté d'être impliquée. C'est une démarche nouvelle. Une clarification des mécanismes internationaux pour établir la liste des pays non coopératifs serait souhaitable et pourrait figurer à l'ordre du jour du prochain G20. Il faut que les banques disposent de règles claires. S'agissant des aspects de supervision prudentielle, il n'y en a guère. En revanche, le mécanisme des accords bilatéraux en matière fiscale semble fonctionner.Sur les besoins en fonds propres des banques, quelle est la position de la FBF ?L'économie mondiale est encore en crise et certains risques doivent être mieux suivis et mieux couverts. Notre principal souci aujourd'hui est de voir des évolutions très divergentes de part et d'autre de l'Atlantique. De notre côté, nous continuons à travailler sur les règles de Bâle 2, dont l'approche est fondée sur une gestion fine du risque et la qualité des actifs, ce que nous estimons être la bonne approche. Ce n'est pas le cas des États-Unis qui n'ont pas adopté Bâle 2. Nous courrons donc le risque d'une fracture entre la grande puissance financière que sont les États-Unis et la grande puissance financière que devrait être l'Europe, préjudiciable à une saine concurrence.Sur quoi porte cette divergence ?Si les banques n'appliquent pas les mêmes règles prudentielles, il y a forcément des distorsions de concurrence. Les uns seraient régulés par un ratio quantitatif, le leverage ratio [qui mesure le total des actifs rapportés aux fonds propres, Ndlr], les autres par un ratio pondéré par le risque, voire les deux ! Un « leverage ratio » ne pourrait au demeurant être appliqué de manière équitable sans des retraitements comptables considérables. Attention en outre à ne pas ajouter de nouvelles et inutiles exigences de fonds propres, sinon les banques ne pourront pas, le moment venu, accompagner la reprise de l'économie.Que souhaitez-vous mettre en place sur la régulation des marchés financiers ?Il faut réduire les risques sur les marchés internationaux, notamment à travers la mise en place de chambres de compensation pour les principaux produits dérivés. Ainsi favoriserait-on une standardisation de ces produits et une diminution zone monétaire par zone monétaire des risques de liquidité, ces chambres de compensation devant être proches de leur banque centrale. Sur ces questions d'organisation des marchés et en particulier ce qu'il est convenu d'appeler le postmarché, nous partageons largement la vision des Américains. nPropos recueillis par Guénaëlle Le Solleu, Muriel Motte et Matthieu PechbertySur la question des fonds propres, nous courrons le risque d'une fracture entre les États-Unis et l'Europe.
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