La Chine rachète la planète

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Cette semaine, la Chine va de nouveau sortir son carnet de chèques : une délégation commerciale d'une centaine de personnes se rend dans plusieurs pays européens (Allemagne, Espagne, Suisse et Royaume-Uni, mais pas la France), avec un ordre de mission très clair, dévoilé par le Premier ministre Wen Jiabao lors de sa récente visite à Londres : il faut acheter ! À savoir, des équipements et des technologies dans les domaines de l'aéronautique, de l'électronique ou de l'environnement. Le tout pour plusieurs milliards de dollars, selon le « Wall Street Journal ». Il s'agit là de la dernière étape d'une vaste offensive entamée depuis l'automne et qui a vu au cours du dernier mois les trois personnages principaux de l'État ? le président Hu Jintao, le vice-président Xi Jinping et le Premier ministre Wen Jiabao ? ainsi que le vice-Premier ministre Hui Liangyu visiter pas moins de 21 pays, en Afrique, Amérique latine et Europe. Au même moment, les groupes chinois ont multiplié les acquisitions et les projets d'investissements : du Pérou (Shougang) à l'Australie (Minmetals, Chinalco), elles se livrent à une razzia sur les entreprises minières et les ressources naturelles. Résultat, depuis le début de l'année, la Chine a investi 22 milliards de dollars à l'étranger, soit une hausse de 40 % par rapport à 2008. Dans l'énergie, elle a signé la semaine dernière trois accords clés, pour un montant de 40 milliards de dollars de prêts, avec la Russie, le Brésil et le Venezuela, s'assurant en échange la garantie de livraisons de plusieurs centaines de milliers de barils de brut. Sinopec, le raffineur chinois, vient de son côté d'obtenir le feu vert de Pékin pour mettre la main sur le canadien Tanganyika, lui donnant accès à des champs pétrolifères en Syrie. L'industriel est aussi en discussion avec l'espagnol Sacyr pour reprendre une participation de 20 % dans le pétrolier Repsol.Pékin ne s'en cache pas : la crise, en sabrant le prix des actifs dans le monde entier, a créé des opportunités inespérées pour un pays comme la Chine, en quête de ressources naturelles et de technologies. Or, si la crise n'a pas épargné l'économie chinoise, les banques de l'empire du Milieu se portent plutôt mieux que leurs rivales occidentales. Sans compter les surplus commerciaux qui continuent d'alimenter les réserves de changes, passées de 403 à 1.900 milliards de dollars entre 2003 et 2008. vision politiqueLa semaine dernière, les officiels de Pékin ont ouvertement reconnu que ce trésor de guerre devait aujourd'hui servir à financer les investissements à l'étranger. « Cette stratégie est motivée par une vision politique : les prix baissant, les Chinois sont à l'affût de toutes les opportunités, et comme ils n'ont pas de problème de financement cette tendance va se poursuivre », pronostique Bernard Gainnier, responsable du développement chez PricewaterhouseCoopers.Cette offensive commerciale sert les intérêts diplomatiques de Pékin : à l'occasion des récentes tournées en Afrique et en Amérique latine, les dignitaires chinois ont d'ailleurs multiplié les cadeaux (un « pont de l'amiti頻 offert au Sénégal, un stade de 60.?000 places pour la Tanzanie?). Surtout, ils attendent le sommet du G20 le 2 avril à Londres pour faire davantage entendre leurs voix sur la scène internationale.

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