Dérive historique pour les comptes publics britanniques

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C'est désormais officiel : la Grande-Bretagne va connaître la pire récession de son histoire et son plus important déficit budgétaire depuis la Seconde Guerre mondiale. Dévoilant hier le budget de l'État (avril 2009-mars 2010), le chancelier de l'Échiquier, Alistair Darling, a prévu un déficit de 12,4 % du PIB cette année, et un recul de l'économie de 3,5 %. Selon ses calculs, la dette, actuellement de 46 %, va s'élever à 79 % du PIB d'ici à 2013 (et même 91 % suivant les critères plus rigoureux du pacte de stabilité européen). « Toute revendication de compétence économique de ce gouvernement est morte, enterrée, s'est emporté David Cameron, le leader des conservateurs. Avec une telle dette, nos enfants resteront pauvres pour des décennies. » Et le chef de l'opposition d'accuser Gordon Brown de mener le pays « non seulement au bord de la banqueroute financière mais aussi de la banqueroute morale ».moult réactionsIl est vrai que les prévisions du gouvernement britannique ont suscité de nombreuses réactions? en péchant par trop d'optimisme. Même Richard Lambert, le directeur du CBI (patronat), d'habitude relativement réservé dans ses critiques, ne mâche pas ses mots : « Notre jugement est que ce budget ne construit pas un chemin rigoureux et crédible vers le rétablissement de la santé des finances publiques. Les prévisions économiques du chancelier paraissent optimistes. »Le gouvernement britannique prévoit un retour à la croissance dès 2010 (+ 1,25 % en 2010, et + 3,5 % en 2011), suivies d'un niveau de long terme de 2,75 %. Des chiffres qui contrastent fortement avec ceux, beaucoup plus pessimistes, publiés hier par le FMI, et qui prévoient une récession de 0,4 % pour 2010. Et encore ne s'agit-il pas du pronostic le plus noir pour l'économie britannique, la plupart des experts envisageant un recul du PIB supérieur à 2 % pour 2011? Autant de doutes qui risquent de rendre nerveux les marchés obligataires. Cette année, le gouvernement prévoit d'émettre 220 milliards de livres (250 milliards d'euros) de bons de Trésor, 50 % de plus que l'année qui vient de s'écouler, qui constituait déjà un record.Face à ces critiques, le gouvernement répond par deux éléments. D'une part, il annonce des mesures de rigueur? à partir de l'année prochaine. La plupart d'entre elles ne rentreront en vigueur qu'en 2011, soit bien après les élections prévues en juin 2010. La plus spectaculaire est la hausse de l'impôt sur les plus riches (voir ci-contre). Par ailleurs, les dépenses publiques vont être réduites, là encore à partir de 2011.petites mesuresD'autre part, le gouvernement britannique estime qu'il serait suicidaire d'imposer un plan de rigueur dès aujourd'hui. « Réduire le déficit plus rapidement reviendrait à étouffer la reprise », avertit Alistair Darling. C'est pourquoi il a annoncé hier une série de petites mesures d'aide. Une prime à la casse de 2.000 livres (2.200 euros) pour les voitures de plus de 10 ans sera introduite pendant un an. Des aides à l'emploi, particulièrement pour les plus jeunes, sont ajoutées. Les entreprises vont aussi bénéficier d'un doublement du taux d'exonération fiscale sur les investissements. L'ensemble des mesures ne revient pas à un plan de relance, mais ajoute cependant 0,5 % de PIB en dépenses. C'est peu, mais c'est l'extrême maximum de ce que la Grande-Bretagne pouvait se permettre. Éric Albert, à Londre

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