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L'horlogerie suisse débauche et vide ses stocks

La Tribune

Publié le 12 mars 2009 à 00:33 - Mis à jour le 12 mars 2009 à 00:33

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04 juin 2026

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Depuis quelques semaines, les horlogers suisses licencient en toute discrétion. Selon nos informations, Chopard vient de supprimer 36 postes sur ses sites de Fleurier et Meyrin en Suisse. Roger Dubuis, filiale de Richemont depuis août 2008, se sépare, lui aussi, de près de 20 % de ses effectifs (70?sur 400) dans sa manufacture genevoise. Des licenciements secs qui s'ajoutent à ceux de dizaines de petites entreprises indépendantes (Movado, Ebel, Maurice Lacroix?) ou faisant partie de grands groupes, comme Zénith chez LVMH. Au total, l'élagage s'élève à près de 400?emplois. Et ce ne serait qu'un début. Rolex a déjà mis fin à environ 400 contrats d'intérimaires et pourrait continuer sur sa lancée, car ceux-ci représentent de 30 % à 40 % de sa force de travail dans certains cantons. Richemont, quant à lui, vient de négocier un nouveau plan cadre la semaine dernière avec le principal syndicat suisse, l'Unia, et s'apprêterait à dégraisser dans quelques-unes de ses filiales, comme Cartier et Jaeger-LeCoultre.En cause bien sûr, les ventes en berne. Les exportations ont chuté de 21 % en janvier, après des baisses de 15 % et 8 % en novembre et décembre. En volume, elles ont même dégringolé de 37 % en janvier alors qu'elles étaient stables sur 2008, notamment à cause du fort ralentissement dans les pays émergents, ceux-là même qui étaient censés prendre le relais de la croissance trop faible des pays matures. « La traduction de ces chiffres sur l'emploi, qui est encore mineure, devrait s'accentuer », déplore le secrétaire général de la Convention patronale de l'industrie horlogère suisse, François Matile.ruée vers l'orCette hécatombe en gestation fait surtout suite à cinq années folles, caractérisées par des montres toujours plus chères, compliquées et serties de diamants et autres pierres précieuses. « Tout le monde voulait avoir son modèle à 200.000 euros », ironise un revendeur. Une ruée vers l'or, avec croissance à plus de 10 % chaque année, qui s'est accompagnée d'acquisitions de nouvelles machines et d'embauches à gogo. « Entre 2004 et 2006, la manufacture a connu une croissance trop rapide, investissant de manière surdimensionnée tant en ressources humaines qu'en infrastructures industrielles », détaille la note d'information aux personnels de Roger Dubuis. Entre 2003 et 2008, le nombre total de salariés de la profession est ainsi passé de 40.000 à 50.000 et les exportations de 6,7 à 11,5 milliards d'euros !Seul problème : personne n'est capable aujourd'hui de dire ce qui a effectivement été vendu au consommateur final et ce qui reste encore dans les tiroirs des détaillants multimarques. Car, pendant des mois, et plus particulièrement à la fin de l'année 2008, les grands groupes ont fait pression sur leurs distributeurs pour écouler leur marchandise. Si bien que les stocks sont pleins. Rolex est particulièrement montré du doigt. Abusant de sa position d'acteur dominant (40 % du segment supérieur à 3.000 euros), il aurait systématiquement demandé d'augmenter la part de vitrine consacrée à sa marque, si bien qu'une quarantaine de petits détaillants italiens auraient choisi de le déréférencer et que certains français hésitent. « Il a tellement inondé les boutiques que les promotions y sont aujourd'hui inévitables », tempête le président de la boutique Chronopassion à Paris, Laurent Picciotto.Dans ce contexte, la crise pourrait donc avoir quelques effets positifs. Notamment celui de mettre un coup d'arrêt à ce genre de pratiques, qui font aujourd'hui les beaux jours du marché gris (revente parallèle sur Internet à prix cassés). Entretenir la raret髠Le réajustement va aussi se faire sur les prix, avec peut-être moins de folles complications, type tourbillon ou répétition minute au quantième près », analyse François Matile. Enfin, les distributeurs, qui attendaient parfois deux ans entre la commande et la livraison, vont enfin pouvoir recevoir leurs montres à temps. À moins que certaines maisons ne s'amusent à entretenir la rareté. « Malgré la crise, je vais tenter de ralentir la production pour garder une part d'inaccessible », nous confiait récemment le patron de Hublot (LVMH), Jean-Claude Biver.En attendant, la grande foire annuelle de la profession, qui se tiendra à Bâle, du 26 mars au 2 avril, se prépare dans la morosité. Les prévisions les plus optimistes font état de commandes en baisse de 30 % et certains détaillants ont déjà prévenu qu'ils ne feraient qu'un aller-retour, au lieu des deux ou trois jours habituels.

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