Les victimes américaines s'impatientent

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« J'ai déjà fouillé dans les ordures pour y trouver de la nourriture. Je n'imaginais pas que cela puisse m'arriver un jour. » Sept mois après l'arrestation de Bernard Madoff, Miriam Siegman, 65 ans, n'en revient toujours pas d'avoir été dupée par l'escroc qu'elle a rencontré lors d'un gala de charité de l'American Jewish Congress. « Je venais de prendre ma retraite quand l'affaire a été révélée », se rappelle avec émotion l'ancienne salariée de plusieurs ONG new-yorkaises. Aujourd'hui, elle figurera parmi les sept victimes qui témoigneront devant le tribunal où sera prononcée la sentence contre Madoff. Miriam Siegman « possède heureusement [son] appartement depuis 52 ans », mais survit « grâce aux coupons alimentaires du gouvernement ».Selon les enquêteurs, 13 milliards de dollars ont été confiés en « gestion » à la société de Madoff (BLMIS), les 65 milliards régulièrement évoqués par le FBI correspondant à la somme qu'auraient générée ces fonds si les rendements affichés avaient été réels. Chez Madoff, la Securities and exchange Commission (SEC), le gendarme du marché financier américain, a recensé 4.800 comptes ? de particuliers et d'institutionnels ?, mais 8.800 demandes de remboursement ont été déposées auprès de l'institution de garantie des comptes des maisons de titres (SIPC). Seuls les investisseurs ayant investi en ouvrant un compte en leur nom chez Madoff peuvent prétendre aux 500.000 dollars d'indemnisation de la SIPC. Les épargnants qui avaient placé leurs économies chez l'escroc via un fonds n'ont droit à rien, ou presque. Interrogé par « La Tribune », Steve Harberck, le président de la SIPC, précise que « quiconque ayant une relation d'investissement aussi lointaine soit-elle avec Madoff devrait déposer une demande, de manière à ce que nous n'excluions pas quelqu'un qui pourrait être éligible à une indemnisation ».rabatteursPour tenter d'accélérer les décaissements de la SIPC, Helen Davis Chaitman, avocate au cabinet Phillips Nizer, a attaqué en justice Irving Picard, le liquidateur judiciaire de la société Madoff (lire ci-dessous). Plusieurs actions ont été entamées à travers les États-Unis. Pour l'heure, Picard n'a identifié que 1 milliard de dollars en saisissant des comptes bancaires et des biens du couple Madoff. À la mi-mai, la SPIC n'avait remboursé que 61,5 millions de dollars. Et devant la difficulté que les autorités éprouvent à récupérer des fonds, le juge qui instruit le procès pénal de Madoff, a demandé un délai de trois mois au terme duquel « la Cour ordonnera la restitution [de l'argent] ou décidera si elle est impossible » ! Irving Picard tente aussi de récupérer des capitaux en poursuivant des fonds nourriciers et des rabatteurs de Madoff, qui se posent généralement en victimes. Mais des juridictions locales sont également saisies : à la demande de retraités de sa région, un juge du Connecticut a gelé les actifs du fonds Fairfield Greenwich.Désespérés, des investisseurs ont lancé une procédure visant à obtenir 1,7 million de dollars pour « négligence » auprès de la SEC, qui a rejeté leur requête. Car malgré plusieurs enquêtes et les dénonciations du gérant Harry Markopolos, Madoff n'a jamais été inquiété. Les associations de victimes affirment que les réformes et les moyens demandés par la nouvelle présidente de la SEC, Mary Schapiro, ne protégeront pas davantage les petits investisseurs. Mais Markopolos applaudit sa volonté de rétribuer les informateurs du « gendarme ». Et selon les médias américains, la SEC aurait interrogé Madoff afin de mieux renforcer sa supervision? É. C., à New York

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