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Vive les bulles?!

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Publié le 08 novembre 2008 à 00:28 - Mis à jour le 08 novembre 2008 à 00:28

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Un autre regard (3/5)La violence de la crise financière, boursière et économique a mis au jour les déséquilibres de notre monde. Cette semaine, « La Tribune » donne la parole à cinq intellectuels, pour qu'ils livrent leur regard sur les racines du mal. Aujourd'hui, un professeur de géophysique juge que la crise est le fruit de l'éclatement de trois bulles successives ? technologique, immobilière et du crédit. La solution?: le retour du long terme.Point de vue Didier Sornette* Auteur de « Why stock markets crash?: critical events in complex financial systems », PHP, 2004.La crise du crédit et la panique qui l'accompagne montrent que les cours de finance mondiale ne s'élaborent pas à partir de formules mathématiques élaborées, ou de théories économiques subtiles. Ils se construisent avant tout sur la confiance dans l'avenir, dans la croissance économique, dans la capacité des acteurs à respecter leurs engagements, dans la capacité des institutions financières à jouer leur rôle de démultiplicateur de la croissance économique, dans la possibilité de retirer de l'argent de son compte en banque à n'importe quel moment. Des faits considérés comme acquis et qui, en s'effondrant, entraînent l'économie dans une spirale baissière.De nombreux observateurs attribuent le désordre actuel aux actifs « pourris » qui ont mûri dans la bulle immobilière, aux prêts aveugles des banques et à la diffusion cachée du risque à des investisseurs peu regardants. Je pense qu'une analyse pertinente de la situation nécessite de remonter à la fin des années 1990, c'est-à-dire avant le début de trois bulles successives. Il y a dix ans, la bulle des nouvelles technologies était en pleine expansion. La croissance américaine progressait deux fois plus vite que la croissance européenne, en raison de gains de productivité équivalents que l'on croyait pérennes. Une fête qui s'est achevée dans l'explosion du début des années 2000.Pour combattre la récession et les effets négatifs d'un marché boursier en chute libre, la Fed s'est engagée dans une politique monétaire active qui, avec les initiatives du Congrès en faveur de l'immobilier, a alimenté la plus belle bulle immobilière jamais observée, avec des excès comparables à celle qu'a connue le Japon à la fin des années 1980. Comme Alan Greenspan l'a lui-même expliqué lorsqu'il présidait la Fed, les Américains ont extrait de manière non durable de l'argent de leur bien immobilier lors de leur croissance explosive. Les effets négatifs de l'éclatement de la bulle de la high-tech ont été joyeusement compensés par l'impression de richesse qui s'est répandue dans toutes les structures de la société américaine. Wall Street et ses acteurs ont alors créé la troisième bulle, avec des titres adossés à des emprunts hypothécaires et des produits dérivés. La progression du nombre de faillites de firmes financières a commencé en mars 2007, avant de s'aggraver durant l'été. L'ampleur des sommes en jeu est passée, en quelques mois, de quelques milliards à quelques milliers de milliards de dollars. Chacune de ces bulles a finalement résolu les problèmes créés par la précédente. Mais la réponse des autorités, qui a principalement pris la forme de politiques monétaires expansionnistes, a consisté à traiter les symptômes en ignorant les causes profondes. Ce qui a entraîné un formidable problème de confiance. Et rien ne peut résister à la perte de confiance. Il faut donc la restaurer. Notamment en expliquant les vraies causes de la crise?: la décennie d'excès, et les trois bulles successives. En gardant à l'esprit que les êtres humains retrouvent plus facilement la confiance lorsque les responsabilités sont assumées, plutôt que rejetées sur d'autres. Il faut aussi revenir à l'équité. Les banques ont fait preuve d'incompétence face à la récente bulle en acceptant des montages risqués, et en violant leurs propres engagements envers leurs actionnaires. Elles ont besoin d'une nouvelle régulation. Par exemple, le droit de récupérer les bonus excessifs distribués aux patrons devrait être reconnu aux actionnaires.Les trois bulles soutiennent la thèse de Minsky selon laquelle les marchés financiers sont, eux-mêmes, générateurs de secousses lorsque l'euphorie spéculative encourage l'endettement. Contrairement à la théorie économique classique, qui voit les crises comme résultantes de chocs exogènes, les crises endogènes sont prévisibles. Pourtant, il n'y a pas lieu de mettre en place un système qui les prévienne. L'analyse historique montre que les bulles sont en fait plutôt bénéfiques sur le long terme?: elles favorisent la création de nouvelles technologies qui n'auraient jamais vu le jour selon l'analyse risque/bénéfice classique. La régulation ne devrait donc pas tenter de lutter contre les bulles en elles-mêmes, mais contre ce qui les alimente?: l'asymétrie d'information, le développement effréné des dérivés ou encore les conflits d'intérêts. D'autant que toute réglementation comporte des éléments négatifs. La loi Sarbanes-Oxley de 2002 a fait grimper de 130 % le coût de la cotation aux États-Unis pour une entreprise.Gardons à l'esprit que cette crise est une formidable occasion de changement et d'amélioration. Elle nous fournit l'opportunité de développer une véritable culture du risque, qui devrait être rendue obligatoire pour les politiques, les législateurs et les institutions financières. Car il est normal et naturel que des systèmes créatifs, dynamiques et innovants soient exposés aux cycles économiques. En revanche, il est injuste que les ménages des classes moyennes et des plus défavorisées souffrent le plus de la crise. Aussi, tout doit être entrepris pour aider les 40 millions de ménages endettés.Au final, tout cela semble être le résultat d'une époque dominée par des élites politiques et entrepreneuriales obsédées par le court terme. Pourtant des pays comme la Finlande ou la Suisse en Europe, comme Singapour en Asie, parviennent à gérer sur le long terme. Une approche logique, puisque l'économie ne peut croître que par des gains de productivité qui dépendent de l'innovation et des infrastructures. Les gouvernements devraient donc s'intéresser à nouveau à ces enjeux majeurs, en tirant les leçons de la crise pour repenser la gestion de l'économie. Le résultat pourrait être prometteur, si chacun a la patience de supporter calmement l'éclatement de cette troisième bulle.*Didier Sornette enseigne à l'École polytechnique suisse, l'ETH de Zurich, et à Ucla.

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