Les visiteurs du soir
La Tribune
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« Depuis que je suis à Paris, j'ai été consulté par tous les présidents. » Que Nicolas Sarkozy lui demande ses lumières ne surprend donc pas Jean-Paul Fitoussi. En janvier 2008, cet économiste social-démocrate, auteur du « Débat interdit » (voir entretien ci-contre), n'a-t-il pas été nommé par le pouvoir à la tête d'une commission chargée de réfléchir à « la mesure de la performance économique et du progrès social » ? Simplement, depuis le début de la crise, le président de l'OFCE vient nettement plus souvent à l'Elysée, au grand dam de nombre de ses collègues libéraux qui pensaient avoir trouvé un relais de leurs idées en la personne de Nicolas Sarkozy.Avec le « décliniste » Nicolas Baverez, Fitoussi fait même partie des « visiteurs du soir » qui, avec Henri Guaino, le conseiller spécial du président de la République, sont à l'origine du plan de relance annoncé le 4 décembre à Douai par Nicolas Sarkozy. « En politique économique comme en stratégie, les doctrines sont de peu de poids face aux circonstances », estime Nicolas Baverez.Trois personnalités très différentes dont les rapports quotidiens ne sont pas forcément au beau fixe. « Guaino est déconnecté. Il ne connaît rien à l'entreprise et rien à la globalisation. On a l'impression qu'il a revendu à Sarkozy ce qu'il avait déjà vendu à Chirac », lâchait Nicolas Baverez, en juin 2007 dans une interview au « Nouvel Observateur ». Baverez a applaudi les mesures de libération du marché du travail mises en ?uvre la première année du quinquennat Sarkozy, à une période où Guaino n'avait visiblement pas la main à l'Élysée. En revanche, il critique aujourd'hui la suppression de la publicité sur les chaînes publiques.Ce qui n'empêche pas Guaino, le gaulliste social qui n'a jamais été fasciné par la rigueur budgétaire, Baverez, le libéral aronien qui pourfend les déficits publics, et Fitoussi, le keynésien libéral, d'avoir été tous trois très critiques sur la façon dont a été mise en ?uvre l'union monétaire et prêts à rompre avec les dogmes de Maastricht. Même si Guaino, alors proche de Philippe Séguin, a été le seul à voter contre le traité. La politique de l'euro fort, credo de la BCE de Jean-Claude Trichet, est leur bête noire depuis des années. L'histoire semble leur donner raison. Reste à savoir s'ils s'accorderont désormais sur l'opportunité de convaincre Nicolas Sarkozy de lancer un second plan de relance?? Patrick Coquidé
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