Le dollar devient moins cher à emprunter que le yen
La Tribune
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C'est une première depuis seize ans : en début de semaine dernière, le 24 août précisément, le taux à 3 mois en dollars sur le marché interbancaire de Londres (Libor) est tombé en dessous de celui offert sur le yen. En outre, l'écart n'a cessé depuis de se creuser : selon les chiffres de la British Bankers Association qui recense quotidiennement les taux Libor, le différentiel en défaveur du billet vert a atteint vendredi son niveau le plus élevé depuis le 27 mai 1993. Le Libor 3 mois en dollars a en effet été fixé à la veille du week-end à 0,35 %, tandis que celui en yens s'élevait à 0,3906 %. Les emprunts en dollars sont donc devenus meilleur marché que ceux en yens et il ne reste plus guère que le franc suisse qui soit encore moins cher à emprunter. inversion de tendanceCette saisissante inversion de tendance, assez exceptionnelle dans l'histoire, comporte au moins un enseignement et une interrogation. L'enseignement d'abord : elle découle de la fluidification progressive du marché interbancaire américain après des mois de gel polaire, où les banques refusaient de se prêter entre elles à l'échéance de 3 mois redoutant que, dans l'intervalle, les emprunteurs ne soient mis en liquidation, après le traumatisme créé par la faillite de Lehman Brothers. Depuis, les craintes de « credit crunch », de pénurie de crédit aux États-Unis, se sont émoussées face à l'activisme de la Réserve fédérale. La taille du bilan de la Fed a plus que doublé dépassant les 2.000 milliards de dollars, alors que la Banque du Japon s'est contentée d'accroître ses actifs de quelque 10 %, selon les statistiques des banques centrales citées par l'agence Bloomberg. C'est ce qui explique mécaniquement le creusement de l'écart entre les Libor 3 mois en dollars et en yens.L'interrogation, elle, porte sur les conséquences de cette « anomalie » sur l'évolution du couple dollar?yen. Au début de la décennie 90, lorsque s'était produite la dernière inversion de courbe de cette nature, le yen s'était envolé face au billet vert, jusqu'à atteindre au printemps 1994, le record absolu de 79,75 pour 1 dollar. Aujourd'hui, la parité entre les deux monnaies évolue dans une étroite fourchette et le couple se négociait vendredi autour de 94 yens pour 1 dollar. Certains redoutent que la brèche ouverte ne ranime les stratégies de « carry trade », consistant à jouer sur les écarts de rendements, en empruntant une monnaie à faible rendement pour en investir le produit sur des placements plus rémunérateurs. Mais contrairement à la mode qui avait fait fureur jusqu'au milieu de l'an dernier, le vecteur privilégié de cette stratégie serait le dollar et non plus le yen, qui, assorti de taux zéro ou proches de zéro depuis une décennie, fait depuis longtemps figure d'épouvantail. Les tenants de cette analyse en concluent que la tendance baissière récente du dollar va immanquablement s'accentuer. C'est oublier un peu vite qu'en 1994, l'écart de taux à 3 mois était beaucoup plus défavorable au dollar et que le yen était poussé à la hausse par des autorités américaines qui menaçaient le Japon de sanctions commerciales s'il tentait de prévenir l'appréciation de sa monnaie. C'est oublier aussi que dès l'échéance 6 mois sur le marché interbancaire, l'écart redevient favorable au dollar alors qu'il l'est déjà sur la totalité de la courbe obligataire. nDes analystes redoutent que la brèche ouverte ne ranime les stratégies de « carry trade », jouant sur les écarts de rendements.
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