« La crise oblige toutes les entreprises à revisiter leur stratégie »
La Tribune
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Quel regard portez-vous sur la crise ?Dans cette crise, le plus frappant c'est la disproportion entre le grand nombre de personnes qui en souffrent et le très petit nombre de ceux qui en sont à l'origine?? À Wall Street et à la City ?Oui, mais aussi aux régulateurs qui auraient pu se montrer plus contraignants dans l'appréciation de ce qui se passait.Des banquiers et des membres de leurs conseils d'administration disent aujourd'hui qu'ils ne comprenaient pas la nature de certains produits financiers sophistiqués?? Il faut oser poser des questions quand on ne comprend pas.Vous le faites ?Oui. Mais permettez-moi d'insister sur les conséquences de la mondialisation. Les crises accélèrent des tendances qui existent déjà. Elles les amplifient mais provoquent aussi des prises de conscience qui peuvent être porteuses d'opportunités. Un chef d'entreprise recherche toujours les asymétries et les failles où se trouvent les nouveaux marchés et les potentiels de croissance. En ce moment, j'en vois trois. La première, c'est la démographie. Actuellement, la société prend conscience des conséquences de la démographie. On reparle du vieillissement des populations, du remplacement des générations et des difficultés à pouvoir disposer d'une main-d'?uvre capable de répondre aux besoins des seniors. On remarque aussi tout d'un coup que la croissance économique viendra de pays ? les Brics ? qui comprennent un grand nombre d'habitants.Quelle est la deuxième tendance porteuse ?L'innovation ! La plupart des grandes découvertes ont été faites pendant les guerres, car, dans ces périodes, on a concentré les moyens sur un nombre restreint d'objectifs en espérant que cet investissement dans la recherche offre un avantage décisif. Or, l'innovation peut tuer une technologie ancienne et générer pour celle qui la remplace une croissance fulgurante. On peut prendre l'exemple de Bourbon. Sur le marché de l'offshore continental, il y avait 1.200 bateaux dont l'âge moyen dépassait les 20 ans. L'apparition d'un nouveau navire permettant de transporter 30 % de poids en plus, de consommer 30 % de moins et dont la maniabilité a rendu les opérations de transbordement bien plus rapides, a fait qu'il y a eu un avant et un après. Le troisième et dernier phénomène qui me frappe, c'est le changement généré par la crise dans ce qu'on pourrait appeler l'acceptabilité.Ce qui est acceptable ou non par les individus ou les sociétés ?Oui. Si je prends mon propre cas, cela ne me gêne pas de jeter tous mes déchets dans une même poubelle. Mes enfants trouvent cela bizarre, et mes petits-enfants me disent : « Grand-Père, cela ne se fait pas. » Dans la manière de consommer, ces évolutions dans l'appréciation de ce qui est acceptable vont avoir des conséquences très importantes. Il y aura des remises en cause de positions acquises. Pour l'entrepreneur, c'est, avec la démographie et l'innovation, l'un des creusets qui va permettre de trouver des opportunités de croissance.En avez-vous identifié pour Bourbon ?Nous avons toujours baigné dans cette logique. Vous êtes ici dans le bureau d'un ancien sucrier de La Réunion, devenu en vingt ans leader mondial dans le secteur des services maritimes à l'industrie pétrolière développant parallèlement une activité dans le transport de vrac.Et qu'en est-il pour Axa ?Le groupe a parfaitement résisté à cette crise. Il n'a pas cédé à la pression de ceux qui voulaient l'inciter à procéder à une augmentation de capital. Il a bâti sa capacité de résistance sur les points forts de l'entreprise comme l'assurance dommages. Il a su par ailleurs conserver la confiance des clients.La crise l'oblige-t-il à réviser sa stratégie ?La crise oblige toutes les entreprises à revisiter leur stratégie. La conséquence logique est de revoir ensuite le mode d'organisation pour pouvoir mettre en ?uvre la stratégie choisie. Et, une fois que l'on a redéfini sa stratégie et son mode d'organisation, il faut vérifier que la gouvernance de l'entreprise est bien adaptée. Axa suit ce processus d'amélioration con- tinue pour répondre aux besoins de ses clients, qui évoluent très vite dans un contexte comme celui d'aujourd'hui.Comment s'articule cette réflexion sur la stratégie ?Le secteur financier, et celui de l'assurance en particulier, doit lui aussi s'interroger sur les grandes tendances dont nous avons parlé : la démographie, l'innovation et l'acceptabilité. Il doit s'interroger sur les tables de mortalité ou la prise en compte de la dépendance. Il lui faut identifier les domaines d'innovation. Hier, l'innovation était l'apparition des mutuelles ; aujourd'hui, elle est peut-être celle d'Internet. Enfin, un assureur doit s'interroger sur ce qui, demain, sera acceptable ou non en termes de retraite, de placements, de protection de biens.La rémunération très élevée des dirigeants et des traders dans le secteur financier est justement jugée moins acceptable aujourd'hui?Ce qui s'est passé est un appel à la modération et à l'humilité. Ce n'est pas parce qu'on est très fort en maths que l'on est un demi-dieu ! La modération ne découle pas que des principes ou des lois, elle vient du comportement personnel. Mais il ne faut pas non plus être naïf. Les ressources humaines sont mobiles. Nous vivons la même situation que dans le football. Pour gagner, il faut la bonne équipe, ce qui suppose un bon recrutement. Mais il est possible de trouver un équilibre. Ce qui a été fait chez Axa en est un exemple avec un partage entre rémunération fixe et rémunération variable en alignant les intérêts à long terme de l'entreprise sur ceux des salariés, à travers les stock-options notamment. Cette année, le cours était environ à 7,50 euros au moment du calcul. Pour l'ensemble des salariés, le prix fixé a été 10 euros pour éviter l'effet d'aubaine. Et à 15,85 euros pour les cadres dirigeants.L'État doit-il encadrer ce qui est déraisonnable ?Non, ce n'est pas à l'État de dire ce qui est raisonnable ou pas en termes de rémunération. C'est à chacun, à chaque individu, de décider. Si l'on croit en l'homme, il faut prendre le risque de la liberté. Et s'il y a des excès, l'État doit fixer les limites, corriger et faire en sorte que cela serve d'exemple. Que l'État ne travaille plus avec les entreprises déraisonnables est une piste intéressante.Exiger des entreprises cotées 15 % ou 20 % de retour sur fonds propres ne vous semble-t-il pas exagéré ?On sait qu'un tel niveau n'est possible que dans un nombre limité de conditions. Pour pouvoir réaliser 20 % de retour sur capitaux, il faut prendre des risques. Si vous regardez le groupe Bourbon depuis que j'en ai pris la direction en 1979, il a fait plus de 20 % par an en moyenne. Pour rester au sommet de la vague et faire un taux de croissance élevé, il faut changer de métier, reprendre à chaque fois le risque de l'échec. Si on le fait, il faut le dire aux actionnaires et aux clients. nQue l'État ne travaille plus avec les entreprises déraisonnables est une piste intéressante. »sur les rémunérations dans la finance« Il faut oserposer desquestions quand on ne comprend pas. »sur les produits financiers à l'origine de la crisePour rester au sommet, il faut changer de métier, prendre le risque de l'échec, le dire aux actionnaires et aux clients. »sur les performances boursières de Bourbon
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