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Les chasseurs d'ouragans de La Nouvelle-Orléans

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Publié le 12 novembre 2008 à 00:27 - Mis à jour le 12 novembre 2008 à 00:27

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Il est à peine 7 heures du matin, sur Banks Street, dans Mid-City, un quartier de La Nouvelle-Orléans inondé comme d'autres lors du passage de l'ouragan Katrina, en 2005. Hector quitte sa maison sauvée des eaux. Il est temps pour lui de partir travailler. Depuis qu'il est arrivé il y a un an et demi de son Honduras natal, il a trouvé un emploi à la reconstruction de la ville. Et il a même réussi à s'acheter un pick-up, qu'il prend plaisir à faire pétarader en démarrant. Hector fait partie des chanceux. Même quartier, à 10 heures du matin. À quelques rues de là, près d'un magasin de bricolage, une vingtaine d'hommes attendent encore un éventuel employeur. Pour une heure, une journée. Dès qu'une voiture arrive, ils se précipitent?: corps trapus, visages indiens ou métis, T-shirt informes. « On est payé 10 dollars de l'heure, et encore, quand celui qui nous a embauchés tient ses promesses », témoigne timidement un de ces travailleurs précaires.Comme Hector, eux aussi sont venus du Honduras, du Mexique ou du Nicaragua après le passage de Katrina, dans l'espoir de trouver du travail « et d'envoyer de l'argent à nos familles », précise l'un d'eux. Tous sont entrés illégalement aux États-Unis. La vie est dure et le travail est devenu rare, dans une ville certes en reconstruction, mais également victime de la récession. « Heureusement que nous nous entraidons », conclut l'un des hommes. hispanophonesBaptisés les « chasseurs d'ouragans », ces travailleurs de force n'ont fait qu'accentuer un phénomène déjà observé. Poussés par la misère chez eux, attirés par les sirènes de l'économie américaine, les immigrants ont débarqué par dizaines de milliers ces dernières années. Selon les données officielles, le nombre de personnes nées à l'étranger et vivant sur le territoire des États-Unis s'élève à plus de 34 millions, soit 12 % de la population totale. Sans compter les 12 millions d'illégaux. La majorité, dans les deux cas, est hispanique. À tel point que les hispanophones forment désormais la plus forte minorité aux États-Unis, devant les Afro-Américains.À la Nouvelle-Orléans, le jazz, les balcons en fer forgé et la cuisine créole restent les attraits touristiques de la ville, mais la composition de la population a évolué. Certes, les Noirs sont encore majoritaires, mais leur proportion est passée de 67 % (avant le passage de Katrina) à 58 % en 2006. Des milliers de Noirs, pauvres et sans logement, ont en effet décidé de rester dans l'Arkansas, l'Arizona, le Texas, le Colorado, où ils avaient été évacués après le passage de l'ouragan. Salaires, écoles, opportunités en tous genres leur apparaissent clairement meilleurs que dans leur agglomération d'origine. À l'inverse, « les Hispaniques sont là pour rester », relève Natalia Bracco, devant l'école Esperanza, toujours dans le même quartier. Cet établissement scolaire est un symbole. Tandis que nombre d'écoles sont restées fermées après le passage de Katrina ? faute de réparations, de professeurs et même d'élèves ?, celle-ci a été spécialement ouverte pour accueillir les enfants des familles hispaniques. En uniforme gris et blanc, cravates pour les garçons, jupe plissée pour les filles, les enfants se rangent devant leur classe. « Les immigrés qui arrivent fondent rapidement une famille », explique Natalia Bracco, embauchée par les autorités locales pour recenser, devant l'école, les besoins en matière de santé des jeunes mères. L'influence de cette nouvelle population va au-delà de la démographie. « Il y a maintenant en ville des dizaines d'épiceries spécialisées dans les produits mexicains, de même que de nombreux comptoirs pour les transferts d'argent, de type Western Union », remarque Natalia. Enfin, note Willie Picket, un Afro-Américain natif de La Nouvelle-Orléans, « alors que la plupart des quartiers étaient très clairement délimités entre Blancs et Noirs, les Hispaniques s'installent là où ils trouvent de la place et éliminent ainsi les barrières raciales ». proches d'ObamaMême mutation pour le paysage électoral. Les Hispaniques n'ont jamais été un groupe monolithique. Si les exilés cubains de Miami font toujours de l'anticastrisme le fondement de leur penchant pour le Parti républicain, les Mexicains se sentent plus en phase avec les prises de positions des démocrates sur l'économie ou l'immigration. Étant majoritaires au sein de la communauté hispanique, ils pourraient faire pencher le scrutin du 4 novembre prochain du côté d'Obama. « Les politiciens vont devoir s'intéresser de plus en plus aux besoins de cette population », relève Phuong Pham, professeur à l'université de Tulane à La Nouvelle-Orléans. Déjà, les publicités de campagne en espagnol font florès à travers tout le pays. Les étrangers fraîchement arrivés à La Nouvelle-Orléans ne pourront infléchir le vote?: ils n'y participeront pas. Mais leurs enfants sont déjà de vrais petits Américains. Chaque matin à l'école Esperanza, ils saluent la bannière étoilée et leur nouvelle patrie, obéissant en cela à la volonté de leurs parents de s'intégrer. Les « Freddy » Ramirez ou les « Christopher » Lopez inscrits sur les listes d'appel ne sont qu'une autre tentative, même maladroite, de le faire? Les politiciens vont devoir s'intéresser de plus en plus aux besoins de cette population.

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