Marché de dupes

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Les chefs d'État et de gouvernement du G8 avaient mis hier les petits plats dans les grands pour accueillir une brochette de dirigeants africains à leur table. Mais, encore une fois, ces derniers sont restés sur leur faim. Abreuvés de bonnes paroles rassurantes sur la détermination des pays riches à tenir les promesses faites sur l'augmentation de l'aide au développement, les représentants des pays les plus démunis savent depuis longtemps ce qu'il faut penser de la sincérité de leurs interlocuteurs. Les faits leur ont appris à relativiser les élans de générosité verbaux du monde développé. Que reste-t-il aujourd'hui des accents humanistes qui accompagnèrent il y a six ans le lancement d'un " nouveau partenariat " entre le G8 et le continent noir ? Beaucoup de frustrations et pas mal de déceptions. Et que dire de la promesse non tenue d'un doublement de l'aide à l'Afrique à l'horizon de 2010 faite il y a trois ans par les pays riches alors que tous les calculs indiquent qu'à l'heure actuelle il manque entre 30 et 40 milliards de dollars au compteur ? Pourtant, de leur côté, nombre de pays africains ont tenu leur part du marché - de dupes ? Sur la gouvernance, sur l'amélioration de la gestion des finances publiques en particulier. Bien sûr, avec les difficultés économiques qui se font sentir et les tensions qui en résultent sur les ressources budgétaires traditionnelles, les pays du G8 se trouvent un peu dans la gêne pour tenir leurs engagements. Mais il ne manque pas de solutions de financement innovantes évoquées depuis des années et susceptibles de mobiliser d'importantes ressources pour peu que se dégage une volonté politique de les explorer. Faute de taxe Tobin victime des égoïsmes, tout autre prélèvement simple, à assiette large et indolore, permettrait de lever les financements nécessaires et même au-delà. L'indigence budgétaire des pays riches peut-elle aujourd'hui aider à faire évoluer les esprits hier réfractaires à ce type de mesure ? Car le comble de l'insensibilité serait de demander aux pays pauvres de s'apitoyer sur les difficultés budgétaires momentanées du monde développé à l'heure où ils sont eux-mêmes frappés encore plus durement que le reste de la planète par le double choc des prix alimentaires et du baril de pétrole. La Côte d'Ivoire a annoncé hier une augmentation immédiate des prix des carburants de plus de 40 %. Lequel de nos gouvernements aurait le courage de prendre une telle mesure et d'affronter la colère de son opinion publique ?

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