Madrid, le maillon faible de la résistance

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L'Espagne joue la mesure avant tout. La mobilisation des politiques européens pour défendre Arcelor des appétits de Lakshmi Mittal - qui s'est encore illustrée hier lorsque le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a rencontré Jacques Chirac à Paris, avant de discuter dans quelques jours avec son homologue belge Guy Verhofstadt - ne semble guère à l'ordre du jour à Madrid. Alors que l'Espagne ne participait pas à ces rencontres, le ton y paraît beaucoup plus mesuré.Le ministre de l'Économie, Pedro Solbes, a bien sûr exprimé sa "préoccupation" sur le dossier et reconnu que les projets industriels d'Arcelor et de Mittal sont "très différents". Mais sans plus. Et il a tenu à souligner qu'il appartenait aux actionnaires concernés, en fin de compte, de trancher. Une évidence certes, mais dont le rappel est significatif dans le contexte actuel."Le gouvernement n'a nullement l'intention d'organiser des conférences de presse tous les jours pour commenter une opération boursière", souligne-t-on dans l'entourage du ministère de l'Économie à Madrid - cela alors que le pays est le théâtre d'une opération de grande ampleur dans l'énergie, avec l'offre de Gas Natural sur Endesa. Et d'assurer que cette prudence verbale s'inscrit dans le cadre de l'attitude générale de Pedro Solbes, traditionnellement peu enclin à se prononcer sur des questions relevant exclusivement, à ses yeux, du marché. Et, si le secrétaire d'État à l'Économie, David Vegara, a reçu hier le directeur financier d'Arcelor, Gonzalo Urquijo, il ne s'en affirmait pas moins décidé, lui aussi, à ne pas prendre officiellement parti dans la bataille en cours.Jusqu'ici, la presse espagnole a observé une retenue assez comparable, évitant d'ouvrir ses colonnes à une levée de boucliers contre Lakshmi Mittal. Au contraire : le principal quotidien économique madrilène, Expansión, assurait dans un éditorial : "Les gouvernements français et espagnol devraient se maintenir en marge : la décision est uniquement du ressort des actionnaires, à qui il appartient d'étudier si un tel projet crée de la valeur ou la détruit."L'avenir d'Arcelor représente pourtant un enjeu important pour l'Espagne. Le sidérurgiste y a produit 8,7 millions de tonnes en 2004 et y emploie quelque 15.200 personnes, dont 7.300 concentrées sur les sites industriels de Avilés et Gijón, dans les Asturies, une région qui se relève à peine de la grave crise qu'avait provoquée la douloureuse reconversion industrielle des années 80. Avilés souffre précisément d'une véritable "monoculture" de l'acier qui rend très difficile la diversification de son économie.Réactions régionales. Rien d'étonnant dans ce contexte que le gouvernement régional des Asturies, contrôlé par les socialistes, ait réagi publiquement de manière plus vigoureuse que les autorités de Madrid. Son président, Vicente Alvarez Areces, a assuré qu'il "défendrait avec fermeté" les intérêts d'Arcelor, un ton que seules ont utilisé auparavant les deux grandes centrales syndicales espagnoles, clairement opposées à l'opération.Thierry Maliniak, à Madrid

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