Didier Le Reste, premier opposant au service minimum

Didier Le Reste n'en démord pas. " Le gouvernement veut contraindre davantage le droit de grève dans les transports publics et surtout à la SNCF pour avoir une marge supplémentaire afin de traiter en 2008 la question des régimes spéciaux ", estime le secrétaire général de la fédération CGT des cheminots. L'avant-projet de loi qui va être examiné aujourd'hui en Conseil des ministres, puis débattu au Sénat à partir du 17 juillet, veut imposer un service minimum. Deux points sont notamment très critiqués par les syndicats : l'obligation pour chaque salarié d'informer l'entreprise de son intention de faire grève 48 heures à l'avance et l'organisation d'un référendum après huit jours de conflits. " Toutes les organisations syndicales partagent notre analyse et nous prévoyons d'ailleurs pour jeudi une expression communautaire sur le sujet des fédérations de cheminots ", précise l'ancien contrôleur, entré à 21 ans à la SNCF et très tôt adhérent à la CGT.UN DISPOSITIF D'ALARME SOCIALE EXISTE DEJAPour lui, nul besoin de toute façon d'avoir une telle loi. " En s'attaquant au service minimum, on ne s'attaque pas aux vrais problèmes. " Alors que les priorités des usagers se situent au niveau de la ponctualité, de la régularité et du confort, 70 % des dysfonctionnements sont imputables à des problèmes internes. " C'est au quotidien qu'il faut agir ", assure ce membre de très longue date du Parti communiste, héritier d'un " syndicalisme de lutte des classes ". D'autant que " le service minimum existe déjà d'une certaine manière à la SNCF ". Un dispositif d'alarme sociale a été mis en place en 2003, et la CGT a signé cet accord en 2004. " Beaucoup de conflits sont ainsi réglés au plan local mais c'est difficile à mettre en place au plan national ", concède le successeur de Bernard Thibault à la tête de la CGT des cheminots.Mais le président de la République, Nicolas Sarkozy, a fait du service minimum l'un de ses thèmes forts de campagne. Il a réaffirmé hier à Marseille, qu'il " tiendrait son engagement " et que les points qui suscitent le mécontentement des organisations syndicales seront conservés. Selon nos informations, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a toutefois écrit hier aux partenaires sociaux pour leur demander de donner les précisions qu'ils souhaiteraient voir apporter au texte. Tous devraient être à nouveau reçus prochainement par le ministre du Travail." Il faudra bien que l'avant-projet de loi sur le service minimum bouge car on ne laissera pas les choses se faire comme ça ", menace Didier Le Reste. Même s'il n'a pas réussi à fédérer les syndicats autour d'une grande manifestation unitaire au mois de juin, et que les précédents mouvements ont été finalement assez peu suivis. Réussira-t-il cette fois à mettre d'accord les sept autres organisations syndicales en vue d'organiser un mouvement important ?" L'opposition de principe et le discours parfois jusqu'au-boutiste de la CGT sont en train de l'isoler ", laisse entendre le représentant d'un autre syndicat. Même si la CGT reste très largement majoritaire avec 43,24 % des voix aux dernières élections des délégués du personnel en 2006 et 40 % dans les comités d'établissement, elle perd régulièrement du terrain au profit de SUD Rail. Celle-ci a ravi en 2006 la deuxième organisation syndicale à la SNCF à la CFDT. Une position qui " pousse la CGT à radicaliser son discours pour ne pas perdre du terrain ", à en croire des observateurs. " Tous les amis de Bernard Thibault sont partis et Didier Le Reste a enfermé son syndicat dans un rapport de force " , analyse-t-on à la SNCF.AMPLES MESURESDE RESTRUCTURATION A LA SNCFÀ la direction du groupe, on s'inquiète de voir Didier Le Reste s'opposer à toute rénovation du dialogue social. Une pensée qui fait bondir le principal intéressé. " Les fédérations de syndicats de cheminots sont tenues de se mettre autour d'une table seulement pour discuter du service minimum et négocier un plan social dans le fret qui toucherait 6.000 à 7.000 personnes d'ici à 2009 ", constate Didier Le Reste. Pour redresser la branche fret très largement déficitaire, d'amples mesures de restructuration ont été mises en place, et devraient conduire à de nombreuses suppressions d'emplois. " On veut nous faire jouer un rôle d'accompagnement social pour vendre la bonne parole de la stratégie de la SNCF et mettre de la pommade sur les plaies, mais cela n'est pas possible, nous ne sommes pas en cogestion ", conclut-il.

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