Moody's écorne le prestige de la Deutsche Bank

L'agence de notation financière américaine Moody's a lancé hier un véritable pavé dans la mare du monde de la banque allemande en indiquant avoir changé de perspective sur la note à long terme de la Deutsche Bank. Si la première banque d'outre-Rhin conserve toujours son très précieux « AAA », la meilleure note qu'il soit possible d'obtenir et qui permet de se financer à des conditions très favorables sur le marché, la perspective de Moody's passe de « stable » à « négative ». Cette initiative n'est toutefois pas dramatique pour le prestige de la Deutsche Bank : dans la dialectique subtile des agences de notation, un changement de perspective ne constitue pas une menace directe pour la note, contrairement à une « mise sous surveillance ». Il n'est donc, pour le moment, pas question d'une dégradation, et Moody's continue de considérer la Deutsche Bank comme l'« un des groupes financiers les plus solides d'Europe ». Mais l'agence de notation estime que la première banque allemande pâtit de la baisse des taux et d'une concurrence accrue dans un contexte de stabilisation de la demande de crédit. Moody's relève par ailleurs que les coûts de fonctionnement de la Deutsche Bank vont augmenter, en raison de sa stratégie particulièrement agressive de développement dans la banque d'investissement. Il est vrai que Deutsche Bank Morgan Grenfell, sa filiale banque d'affaires, s'est récemment illustrée en embauchant massivement et à prix d'or des équipes entières de traders recrutés chez la concurrence. Sans remettre en cause le choix stratégique de la Deutsche Bank dans la banque d'investissement, Moody's note toutefois, au passage, qu'il suppose des résultats par nature plus volatils. Si elle ne remet pas en cause la solidité de la Deutsche Bank, qui a tout de même gagné plus de 7 milliards de francs l'an dernier et avoué pour la première fois disposer de 68 milliards de francs de plus-values latentes, l'appréciation de Moody's vient s'ajouter à une série d'événements qui ont écorné l'image du géant allemand. Ainsi, celui-ci s'est-il trouvé en première ligne dans des affaires délicates comme les naufrages de Metallgeselschaft et de KHD, ou encore dans des scandales comme la chute du promoteur Schneider, et plus récemment dans les malversations découvertes chez Südmilch. D'une manière plus générale, le sentiment, jusqu'ici bien ancré dans les esprits, de l'immuabilité du secteur bancaire allemand commence à s'estomper. Certains n'hésitent plus désormais à évoquer une possible redistribution des cartes outre-Rhin, comme il s'en est produit dans la plupart des pays européens, et des rumeurs circulent sur de possibles rapprochements entre la Dresdner et la Bayerische Vereinsbank, ou encore entre la Commerzbank et l'Hypobank. De quoi remettre en question la suprématie de la toute-puissante Deutsche Bank. G. de C., avec B. de P. à Munich.

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