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Citicorp : « La rentabilité des banques françaises reste trop faible »

La Tribune

Publié le 25 septembre 2008 à 21:54 - Mis à jour le 25 septembre 2008 à 21:54

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« La Tribune ». - Comment voyez-vous l'avenir de l'activité bancaire dans le monde ? Onno Ruding. - A la Citibank, une part de plus en plus importante de nos activités provient des marchés émergents. Il sera de plus en plus nécessaire pour les banques de se concentrer sur ces marchés et sur les entreprises qui y exportent, car la croissance se trouve là-bas. En ce qui concerne les perspectives de rentabilité du secteur bancaire américain, je suis assez optimiste. Nous avons réduit nos coûts, car le marché du travail est plus flexible en général aux Etats-Unis qu'en Europe notamment. L'évolution salariale a été modeste ces dernières années aux Etats-Unis, ce qui a permis aux entreprises amé- ricaines de creuser l'écart de compétitivité. En Europe, je constate un lien entre la croissance économique, qui est faible, et la situation de l'emploi. Presque partout, non seulement en France mais aussi en Allemagne, le coût salarial et celui du système de protection sociale sont trop élevés. Ce qui a un effet indirect négatif sur l'emploi et sur la croissance. En France, le gouvernement doit se préoccuper de ce problème. Ce qui signifie moins de règlements et moins de protection pour l'emploi. Comme disent les Américains, if you cannot fire people, you cannot hire people. Si un chef d'entreprise ne peut réduire le nombre de ses salariés quand cela est nécessaire, il n'en embauchera pas lorsque la conjoncture le permettra. De plus, je crois que la situation du budget national français pèse sur l'activité économique. A long terme, une situation budgétaire assainie sera la meilleure contribution à l'emploi. Un gouvernement qui espère résoudre ses problèmes d'emploi en dépensant plus qu'il pourrait le faire se trompe. La théorie de Keynes ne marche plus. J'espère que la France a appris cette leçon, mais j'ai des doutes. II est vraiment nécessaire que ce problème soient pris en compte avec volontarisme. Certains limitent à seulement une quinzaine le nombre des établissements bancaires qui domineront les secteurs d'ici l'an 2000. Partagez-vous ce point de vue ? La Citibank, c'est clair, sera encore un acteur de poids dans dix ans, plus quelques banques américaines, et certainement quel- ques banques européennes. Ne serait-ce qu'en raison de la taille de leur marché domestique. Autrement dit, on peut prévoir une banque anglaise, une banque allemande, une banque française, une banque suisse. Et probablement une banque néerlandaise. La principale question concerne la situation des banques japonaises. Elles sont riches en termes d'actifs, mais elles sont fragiles. Désormais, tout le monde le sait. A cet égard, je pense qu'il faut s'attendre à un mouve- ment de fusions important au Japon. Sans doute entre une dizaine et une vingtaine. Les fusions vont également se poursuivre en Europe, de même qu'aux Etats-Unis. Mais cela ne concernera sans doute pas Citicorp. Nous sommes déjà assez importants. A titre d'exemple, nous n'étions pas intéressés par la Chase qui va fusionner avec Chemical Banking. Quelles sont, selon vous, les principales faiblesses des banques françaises ? La situation en terme de ratio Cooke des banques françaises n'évolue pas dans le bon sens. Cela explique les nouvelles dégradations des notations par les agences spécialisées, qui prennent en compte la dégradation du marché immobilier. C'est pourquoi il est nécessaire de continuer les concentrations pour réduire les coûts. La rentabilité des banques françaises reste trop faible au regard de leurs fonds propres. Pour Citibank, par exemple, cette année et l'année passée, ce ratio a été supérieur à 20 %, après impôts. Nombre de banques américaines ont atteint cette année un niveau de 15 %. Cela n'est pas le cas en France. Le maintien de grands établissements français à l'international d'ici dix ans dépend de l'amélioration de ce ratio. L'Etat doit finir de se désengager, en privatisant, des secteurs de la banque comme de l'assurance. Il faut changer cette habitude française de nommer des grands commis de l'Etat à la tête de banques. Les critères de décision doivent être professionnels, et non plus, même si c'est d'ailleurs très honorable, ceux qui servent l'intérêt de l'Etat. Si le Crédit Lyonnais n'avait pas été dans la main de l'Etat, ses actionnaires auraient forcément posé des questions sur les risques qui étaient pris dans le passé. Pensez-vous que le Glass Steagal Act, qui sépare les activités de banque commerciale et celles de banque d'affaires aux Etats-Unis, sera aboli ? Cette loi constitue un handi- cap sérieux pour les banques et doit être supprimée. Quelques sénateurs ont combiné le projet d'abolition de cette loi avec l'accès des banques au courtage d'assurances, ce que les banques n'avaient pas souhaité. Ce couplage a bloqué le dossier. Pour débloquer la situation, il faut séparer les deux aspects et discuter à part de l'activité d'assurances. J'espère que le Glass Steagal Act sera bientôt aboli. Un simple amendement au texte existant suffirait. Toutes les grandes banques veulent être plus actives sur le marché des capitaux. Mais toutes n'envisagent pas de se lancer dans une véritable activité de courtage. Quoi qu'il en soit, la Citibank ne rachètera pas de maison de titres. Nous pensons pouvoir utiliser nos fonds propres de manière plus profitable. Mais il est possible que d'autres banques commerciales suivent une autre stratégie et achètent une grande banque d'investissement, de même que des concurrents européens peuvent imaginer acheter une grande banque d'investissement à New York. Quels sont les principaux axes qui dictent la stratégie de Citibank ? S'il fallait nous définir, je dirais que nous sommes un fournisseur de services internationaux de qualité. C'est pourquoi nous sommes si exigeants vis-à-vis de notre niveau de capitalisation pour respecter les critères de Bâle. Notre ratio dépasse 12 %, dont environ 8 % de fonds propres durs. Ce niveau n'existe pas au Japon ni en France, et il est très rare en Europe. Aujourd'hui, nous avons regagné notre notation double A. Il y a quatre ans, nous étions déficitaires [NDLR : de 500 millions de dollars]. A présent, nous sommes devenus la banque la plus profitable du monde, avec 3,4 milliards de dollars de profit net en 1994. En avez-vous terminé avec les réductions du personnel ? C'est une chose que l'on ne peut jamais garantir. Mais, pour l'instant, il n'existe pas de plan de suppression d'emplois. Nous avons déjà effectué la plupart des réductions de postes nécessaires. Nous augmentons actuellement nos effectifs dans les pays émergents notamment. Sur l'ensemble de l'Europe, nos effectifs sont stabilisés. Mais la Grande-Bretagne présente aujourd'hui un avantage au niveau coût par rapport au continent. C'est pourquoi nous avons examiné, il y a quelques années, un transfert de personnel d'une place à l'autre. En ce qui concerne la productivité, nous comptons l'améliorer surtout grâce à notre système informatique. Certains s'interrogent sur la stratégie de la Citibank France. Qu'avez-vous à leur dire ? Nous sommes en France depuis longtemps et nous y resterons. Nous ne ne sommes pas intéressés par un grand réseau de banque de particuliers. La France est déjà surbancarisée et la compétitivité y est très rude. Nous implanterons toutefois quelques guichets supplémentaires en région parisienne, mais ce sera uniquement pour servir notre clientèle internationale et les touristes de passage. Ce qui nous paraît important en France, c'est de nous positionner comme banque commerciale internationale. Nous ne nous concentrons ni sur les entreprises exclusivement domestiques ni sur celles de taille moyenne. Nous voulons nous développer sur le créneau des entreprises françaises qui ont des activités internationales. Les banques françaises qui détiennent des succursales dans les pays lointains ne sont pas très nombreuses. De plus, nous estimons pouvoir offrir plus sur certains services financiers. Par exemple, la gestion de liquidités à l'échelle européenne ou asiatique dans le cas d'une entreprise qui veut coordonner ses succursales. Nous nous intéressons aussi aux grandes entreprises françaises cherchant à accéder aux marchés des capitaux internationaux. En France, nous voulons aussi travailler avec les institutions financières, dont beaucoup ne sont actives ni en Asie ni même par- fois aux Etats-Unis ou en Amérique du Sud. C'est le cas par exemple en matière de conservation de titres, un service technique qui exige des investis- sements lourds, et qu'il est nécessaire de rentabiliser. Que pensez-vous des privatisations françaises ? Il existe dans le monde un intérêt pour les actions d'entreprises françaises. La Citibank, qui peut agir comme intermédiaire auprès de ces investisseurs, le perçoit. Mais, pour être crédible, le gouvernement français doit poursuivre son programme. Ce que n'aiment pas les investisseurs ce sont les pays qui pratiquent le stop and go. Or la France est réputée dans le monde pour l'alternance de ses programmes de privatisation et de nationalisation. Propos recueillis par Lysiane J. Baudu, Laurent Chemineau et Nicolas Thiéry

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