Le gouvernement cherche la porte de sortie

Au moment même où le Crédit Lyonnais présentait hier les modalités de son opération de titrisation, depuis Bruxelles le commissaire chargé de la concurrence, Karel Van Miert, ne s'est pas fait faute d'épingler à nouveau le gouvernement français pour sa gestion du plan de sauvetage de la banque publique. « Il nous manque toujours des informations dont nous avons absolument besoin, a-t-il expliqué. Je ne cache pas qu'il y a apparemment des choses qui se passent dont les autorités concernées doivent nous informer. » Ce qui revenait à pointer du doigt implicitement l'opération dévoilée hier. Le nouvel appel du pied de Bruxelles intervient un mois à peine après une première offensive de la Commission reprochant au gouvernement français de ne pas fournir en temps et en heure un état d'avancement du plan de sauvetage. Autant d'appels restés sans écho qui, tout en augmentant un peu plus la pression, ne font que confirmer par défaut la volonté, à Paris, du gouvernement et de la direction de la banque, de déboucher d'ici la rentrée sur un schéma permettant de sortir une bonne fois pour toutes du dossier Lyonnais. Vers une cession de la banque publique ? Le constat s'impose qu'en l'état actuel des choses, le Crédit Lyonnais ne peut revenir à une situation normale. Et que les plans de sauvetage successifs empilés depuis trois ans par l'Etat apparaissent comme autant de replâtrages inefficaces. A noter d'ailleurs que certains des éléments clés du dernier plan n'ont même pas encore été mis en place. En particulier, l'émission de 10 milliards d'obligations à coupon zéro qu'EPFR devrait souscrire pour absorber les pertes du CDR à l'horizon 2014 est pour l'instant restée lettre morte (La Tribune du 27 juin). Le gouvernement ne peut maintenant que se poser la question de savoir s'il peut se permettre de laisser dériver plus longtemps la banque au risque de finir par trop détériorer son fonds de commerce (8 % du marché français) et ne plus rien pouvoir récupérer. Si le Lyonnais paraît avoir compté jusqu'à maintenant sur la fidélité traditionnelle des particuliers français vis-à-vis de leur banque, sa clientèle ne s'en est pas moins érodée. D'où l'évocation de plus en plus insistante des réflexions menées à Bercy et Matignon visant à accélérer une cession de la banque. L'effet d'annonce provoqué mardi par Jean Arthuis, révélant crûment que le contribuable devra payer la facture du Lyonnais, est de ce point de vue instructif. Il pourrait bien précéder l'annonce d'ici quelque temps d'une solution clé en main permettant de régler définitivement le dossier. Cela supposerait de lever au préalable plusieurs obstacles techniques. Du côté du Lyonnais, la direction se charge actuellement de réduire drastiquement les frais de structure, condition sine qua non pour vendre la banque. Du côté de l'Etat, certains évoquent l'idée d'organiser une rupture des liens avec CDR dont juridiquement le Lyonnais reste propriétaire. Et surtout de sortir définitivement du bilan de la banque les 123,5 milliards de francs de prêts à EPFR et les refinancements correspondant pour les loger dans une structure portée directement par l'Etat. Autant de réflexions qui courent la place, mais laissent pourtant de marbre les principaux concurrents du Lyonnais (autre fait instructif) qui avaient été beaucoup plus prompts à réagir en leur temps. Il est vrai que l'Etat ne manque pas de moyens aujourd'hui pour désamorcer un éventuel charivari. C'est bien lui qui détient les clés de toute grande réforme du secteur bancaire, dépôts des notaires et abrogation du décret de 1937 en tête. Philippe Reclus

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