Les banques japonaises ne tiennent plus le haut du pavé

Le traditionnel classement établi par le magazine « The Banker » est venu confirmer les évolutions importantes au sein de la hiérarchie mondiale des banques. Etabli en tenant compte du montant des fonds propres durs, de la taille du bilan et de la rentabilité, ce palmarès souligne, au titre de 1995, le net recul des banques japonaises, qui caracolaient depuis des années en tête. Ce recul se produit au profit des grandes institutions européennes et américaines. La première place est ainsi occupée par le groupe Hongkong and Shanghai Banking Corp. (septième un an plus tôt) qui, en réunissant la Hongkong Bank, la Midland Bank britannique et l'américaine Marine Midland, pèse 21,4 milliards de dollars de fonds propres durs et 5,69 milliards de profit. HSBC est talonné par le Crédit Agricole, qui d'une année sur l'autre se hisse de la huitième à deuxième place (20,4 milliards de dollars de fonds propres et 386,4 milliards d'actifs) et précède l'Union de Banques Suisses (auparavant dixième) et l'américaine Citicorp. Les banques japonaises conservent cinq places dans le Top 10 Le repli des banques japonaises doit toutefois être relativisé. D'abord parce qu'elles conservent cinq places dans le Top 10. Ensuite parce que deux éléments exceptionnels se sont conjugués en 1995 pour relativiser leur puissance financière. En premier lieu, l'apurement de 310 milliards de francs de créances douteuses sur l'exercice clos le 31 mars dernier par les onze grandes banques commerciales de l'archipel a provoqué des pertes globales sans précédent de 85 milliards de francs. Ensuite la dépréciation de 19 % du yen par rapport au dollar a mécaniquement réduit la taille des bilans et le montant des fonds propres. Il ne faut pas oublier enfin que le classement n'a pas pris en compte la fusion de la Bank of Tokyo avec la Mitsubishi Bank, intervenue le 1er avril dernier, dont les montants des fonds propres et des actifs (respectivement 27,8 et 703 milliards de dollars) dépassent allègrement ceux du numéro un HSBC. Pour autant, il n'y a aucune raison de voir remonter dans le futur les établissements japonais dans les classements des banques à l'échelle mondiale. « Les bilans des banques japonaises vont enregistrer des faibles taux de croissance à l'avenir, par stratégie délibérée ou par effet mécanique », explique un professionnel. Avec des ratios de solvabilité proches du minima de 8 %, elles s'efforcent de dégonfler leur bilan. D'autre part, après des décennies passées à courir après les parts de marché, elles ont placé aujourd'hui la priorité sur la rentabilité en se spécialisant par région, type de clientèle ou de prêt. L'an passé, les taux d'intérêt historiquement bas ont permis une augmentation spectaculaire du produit net bancaire (+ 70 %) et la bonne tenue de la Bourse a rendu possible la réalisation d'un stock important de plus-values sur le portefeuille d'actions. Mais, en dépit du nettoyage des bilans, le stock (officiel) de créances douteuses s'est maintenu à près de 400 milliards de francs (600 milliards si l'on inclut les prêts rééchelonnés), compte tenu des engagements à couvrir sur les jusen (sociétés de crédit immobilier) et sur les filiales financières non bancaires. Or, la situation des banques nippones a peu de chances d'évoluer cette année : les taux ne peuvent que remonter, réduisant leur marge d'intermédiation et les Etats-Unis commencent à pester contre le niveau du yen, actuellement à son plus-bas depuis quatre ans. Contrairement à ce que les banquiers affirment, le pire n'est donc pas derrière eux. XAVIER LAMBERT, À TOKYO

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