Les comptes du Crédit Foncier approuvés de justesse

L'assemblée du Crédit Foncier de France (CFF) restera dans les annales. Au terme de plus de quatre heures d'une séance particulièrement houleuse, les comptes de 1995, qui se soldent par une perte de 10,7 milliards de francs, après 13,6 milliards de provisions, ont été approuvés in extremis. Les votes « pour » se sont élevés à 52,65 % des voix présentes ou représentées vendredi, les votes « contre », à 46,91 % et les abstentions à 0,44 %. Une courte majorité qui a été obtenue grâce au vote du fonds américain Templeton (détenteur de 9,75 % des actions), qui à lui seul pesait près d'un quart des voix. Un coup de théâtre, puisque celui-ci avait, juste avant le vote, demandé un report d'un mois de l'assemblée pour obtenir des informations supplémentaires. De fait, après une suspension de séance, le conseil d'administration du Foncier a décidé de ne faire voter que la partie ordinaire de l'assemblée « dans l'intérêt de la société » et d'ajourner « sine die » l'assemblée extraordinaire. Un dialogue de sourd Un vote étriqué qui laissera un goût amer à la majorité des actionnaires. Venus en force - ils étaient au moins 1.300, selon les organisateurs -, ces derniers ont manifesté leur mécontentement, huant la direction et l'appelant à la démission. Pendant l'exposé des comptes, Jérôme Meyssonnier, le gouverneur, Jean-Pascal Beaufret, le sous-gouverneur, tout comme les commissaires aux comptes, ont été interpellés par le public. Les uns demandant des éclaircissements sur le montant des provisions et l'avenir du Foncier, les autres répondant qu'un sous-provisionnement ne permettrait pas à l'établissement de trouver un « adosseur ». Un dialogue de sourd au cours duquel la responsabilité de l'Etat a souvent été mise en cause. Marcel Tixier, le président de l'Association nationale des actionnaires de France (Anaf), est arrivé à la conclusion « que l'Etat, gestionnaire de fait du Foncier, doit assumer ses responsabilités, et non les actionnaires ». Se défendant d'être un représentant de l'Etat, bien que nommé par lui, Jérôme Meyssonnier a précisé : « Lorsque nous serons adossés, le statut du Crédit Foncier sera modifié. Le président sera nommé par le conseil d'administration, lui-même élu par l'assemblée. » Colette Neuville, présidente de l'Association pour la défense des actionnaires minoritaires (Adam), n'en a pas moins surenchéri : « Vous nous demandez de signer un chèque en blanc, alors que l'Etat n'a toujours pas expliqué ce qu'il était prêt à faire. » Et d'ajouter qu'« en votant oui », les actionnaires payent la fac- ture de la gestion antérieure, en votant « non » ils la laissent à l'Etat. « Nous sommes à l'heure de vérité » Ne pouvant donner de détails sur les adosseurs potentiels du Foncier compte tenu des négociations en cours, Jérôme Meyssonnier s'en est tenu au message de Jean Arthuis, ministre de l'Economie et des Finances, qui lui a accordé son « entier soutien » pour trouver une solution. Il a répété : « Nous sommes à l'heure de vérité. Nous ne bâtirons rien de solide sur le mensonge et l'illusion. Je crois en l'avenir du CFF qui a des atouts exceptionnels. Le retour aux bénéfices peut être attendu dès 1997, selon le plan présenté. Il faut chercher une solution. » A l'issue de cette séance, le Foncier soulignait que l'approbation des comptes était un préa- lable indispensable à toute solu- tion d'adossement. L'issue de l'assemblée extraordinaire, qui doit se tenir avant le 28 octobre (lire ci-dessous), ne fait guère de doute. Les résolutions qui y seront présentées ne sont qu'une suite logique, après l'approbation des comptes. Reste que les votes devront cette fois représenter les deux tiers des voix présentes ou représentées. Perrine Delfortrie

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