Juin 1996 : le séisme

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Eurotunnel, Crédit Foncier, Compagnie d'Investissement de Paris... Une semaine et trois dossiers auront suffi pour offrir au monde hexagonal des affaires un parfait condensé de la vague qui est en train de modifier de fond en comble son mode d'organisation et ses règles du jeu. L'affaire Eurotunnel, dont la médiatisation est à la mesure de l'ampleur du scandale qui risque d'éclater en cas d'impasse des négociations, a consacré l'entrée en fanfare des petits actionnaires. Recrutés à tour de bras à l'époque des projets flamboyants, ces derniers se sont taillés une place à part entière dans un jeu monopolisé jusqu'ici par la direction du tunnel et ses banquiers. L'assemblée du Crédit Foncier a elle aussi consacré le poids des petits porteurs et des salariés, qui estiment devoir payer pour la quasi-faillite d'un établissement sans jamais avoir jamais eu leur mot à dire dans sa gestion. Derrière les accusations formulées contre les dirigeants du Foncier, c'est cette fois le procès de l'Etat qui est ouvert pour avoir été le vrai propriétaire caché, des années durant, de l'institution, jusqu'à décider seul de sa chute sans avoir prévu de dispositif d'atterrissage. Le dossier CIP, du nom de la filiale de la BNP sur laquelle la banque a lancé une offre publique d'échange, n'a sans doute pas la même résonance médiatique. Il n'en révèle pas moins le changement d'état d'esprit qui agite aussi les grands investisseurs privés qui se refusent désormais publiquement à jouer les « sleeping partners ». Consacrées comme des acteurs à part entière par les deux premières affaires, les asso- ciations de petits porteurs ne peuvent que lire avec inté- rêt les leçons tirées de l'affaire CIP. Le sens de l'histoire va vers un renforcement inéluctable de leur force de frappe, les préoccupations des petits porteurs n'étant plus très éloignées de celles des grands investisseurs étrangers. L'attitude hésitante du fonds d'investissement américain Templeton qui a permis, vendredi, l'approbation sur le fil des comptes du Crédit Foncier, marque un précédent lourd de conséquences. La dernière semaine de juin 1996 a donc toutes les chances de figurer dans les annales. Ne serait-ce que parce qu'elle aura ancré dans les esprits une véritable rupture avec un capitalisme hexagonal, jusqu'à maintenant téléguidé par quelques institutions - banques, assureurs, Etat - qui faisaient la pluie et le beau temps. Philippe Reclus

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