Les problèmes s'accumulent pour le Crédit Foncier

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Pour le Crédit Foncier, l'année 1996 commence comme 1995 s'était achevée : dans la tourmente. Depuis le début de la semaine, la crise sur les emprunts de l'établissement, signe d'une véritable défiance du marché, s'est encore amplifiée : l'écart de taux (« spread ») entre les emprunts du CFF à dix ans et l'OAT de référence n'a cessé de se tendre, pour atteindre, au summum de la panique, un record absolu de 200 points de base, lundi soir. Hier, le « spread » s'établissait à environ 170 points de base. Un écart totalement démesuré - qui pourrait pourtant fort bien s'accroître - si l'on considère la signature du Crédit Foncier qui, même récemment dégradée par les agences de notations financières, reste de bonne qualité. Mais, instruits par la douloureuse expérience de la déconfiture du Comptoir des Entrepreneurs, les investisseurs ne veulent plus son « papier », qui leur brûle les doigts. Hier, selon certaines sources, plusieurs gros investisseurs institutionnels cherchaient à se défaire à tout prix des emprunts CFF qu'ils détiennent encore. Paradoxalement, l'action a gagné hier 3,4 %, à 75 francs. Le fond du problème est que le marché n'a aucune visibilité sur l'avenir du Crédit Foncier. L'équation est connue : privé depuis septembre dernier du monopole de distribution des prêts aidés pour l'accession à la propriété (PAP), l'établissement est désormais totalement immergé dans le secteur concurrentiel. Une mutation déjà difficile compte tenu de l'environnement bancaire français, à laquelle s'ajoute la nécessité d'assainir un bilan miné par des engagements sur l'immobilier. « Tout le monde attend que l'Etat manifeste au Crédit Foncier son soutien d'une manière ou d'une autre », analyse un banquier pour qui la panique actuelle sur les emprunts de l'institution est intimement liée à cette question. Dans l'immédiat, si cette défiance perdure, la Caisse des dépôts pourrait être amenée à voler au secours du CFF en lui accordant une ligne de refinancement : de bonne source, des discussions sont en actuellement en cours sur ce thème. Avec 270 milliards de francs d'emprunts, dont environ 85 milliards garantis par l'Etat, le CFF pèse lourd sur le marché. Selon les calculs indicatifs effectués par les professionnels, les pertes, sur une maturité moyenne de sept ans, qui correspond à la nature de l'encours du CFF, s'élèveraient, avec un écart de taux de 150 points de base, à environ 10 milliards de francs pour la place dans son ensemble. Mais on est encore loin d'une telle hypothèse. « Je n'ai aucune crainte : tout le monde sur la place détient des obligations du CFF et un sinistre est inimaginable, affirmait hier un banquier. Le Crédit Foncier est une institution financière spécialisée (IFS) et tout le monde considère qu'il bénéficie à ce titre de la garantie de l'Etat, qui nomme ses dirigeants et se trouve donc comptable de sa gestion. Dans ce dossier, c'est la signature de l'Etat qui est en jeu. » En attendant un signe de l'Etat, les consultations se poursuivent au sein du Crédit Foncier dans la perspective de son « plan de reconversion » qui passe par une réduction « de 30 à 40 % » des coûts d'exploitation. Comme annoncé en décembre dernier, des groupes de travail ont été constitués pour réfléchir à la réorientation de l'établissement. Le gouverneur, Jean-Claude Colli, a d'ores et déjà annoncé que des activités seraient abandonnées, le Crédit Foncier souhaitant se recentrer en priorité sur les crédits au logement. Un premier point sera effectué la semaine prochaine, mais le plan définitif, qui devait initialement être arrêté à la fin du mois, ne le sera pas avant la mi-février. L. J. B. et G. de C.

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