Vent d'euphorie sur les marchés boursiers

Ceux qui avaient acheté des obligations françaises ou allemandes avant de prendre des vacances de Noël sont heureux. Les fêtes de fin d'année les ont enrichis. En France, comme dans le reste de l'Europe, les marchés de la dette publique ont prolongé hier le « rally » qui a fait plonger les taux d'intérêt français à long terme sous la barre des 6,6 %, contre 8,35 % un an plus tôt : à force d'acheter ces titres à rendement fixe, les investisseurs ont fait monter les cours et baisser le rendement relatif. Jeudi prochain, l'Etat va donc adjuger ses emprunts publics à un taux d'intérêt moins élevé, probablement le plus bas depuis un an et demi. Cette détente des taux longs, spectaculaire partout en Europe, a profité aux marchés boursiers, dont Francfort et Londres, qui battaient hier de nouveaux records. Depuis le 20 décembre l'indice des grandes valeurs a gagné 5,5 % à Milan, 4,1 % à Madrid, 3,1 % à Francfort, 2,8 % à Londres et 6,2 % à Paris. Sur la même période, l'indice Dow Jones de la Bourse de New York a progressé plus modestement de 2,2 %, grâce à la renaissance, hier soir, des espoirs de résolution du conflit budgétaire entre l'administration Clinton et le Congrès démocrate. En baissant leurs taux d'intérêt à la mi-décembre, les banques centrales américaine et allemande avaient posé les bases de ce regain d'optimisme des investisseurs. La moyenne des réponses au dernier sondage Reuter, réalisé le 19 décembre auprès d'un échantillon de 41 économistes, prévoit pour le deuxième trimestre 1996 un taux d'escompte de 2,93 % en Allemagne, contre 3 % aujourd'hui. Le marché du franc reste très spéculatif La France est plus imprévisible. De nombreux économistes estiment que le niveau des taux d'intérêt à court terme adapté à l'environnement macro-économique se situe entre 2 % et 3 %, mais tous savent que la Banque de France risque en fait d'être beaucoup plus prudente, et que le marché du franc reste très spéculatif et très dépendant des échéances politiques. La moyenne des 41 économistes sondés par Reuter table, pour le deuxième trimestre 1996, sur un taux d'appel d'offres français de 4,41 % (contre 4,45 % aujourd'hui). Cette incertitude tempère l'euphorie de la Bourse de Paris, car l'économie française reste très handicapée par la contraction de l'encours des crédits aux entreprises, à 1.700 milliards de francs à fin septembre, soit seulement 22 % du PIB, contre 28 % au début de 1992. La hausse des Bourses européennes a aussi reçu hier le soutien paradoxal de l'office des statistiques allemand, qui a annoncé une stagnation de la production industrielle en décembre. La forte baisse du mois précédent est confirmée et, sur les douze derniers mois, la chute se chiffre à 4,9 %. Pour les investisseurs, plus que les fluctuations de la conjoncture, ce sont les fondations de la croissance qui comptent. Avec ce chiffre, une nouvelle baisse des taux d'intérêt en Europe devient possible, qui permettrait de combler le retard accumulé un peu partout dans les achats de logements, de biens durables (électroménager, véhicules, ou équipement du foyer) et d'investissement des entreprises. Les investisseurs ont aussi le sentiment que les entreprises allemandes vont poursuivre les « réformes de structure » si régulièrement réclamées par les rapports d'experts. En début de semaine, la proposition des syndicats allemands de négocier l'aménagement du temps de travail, tandis que le patronat revenait à l'offensive sur la souplesse des salaires, a aussi laissé espérer un retour au climat qui prévalait en 1993. A l'époque, chacune des des parties avait contribué à la négociation et aux réformes d'une industrie allemande confrontée au double handicap d'un mark cher et de coûts de productions élevés. Nicolas Thiéry

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