Deutsche mark : une surévaluation de plus en plus pénalisante

Le deutsche mark avait certes commencé l'année par une petite contre-performance : le dollar avait réussi à se hisser au-dessus du seuil de résistance de 1,4550 qui semblait ouvrir la voie à une reprise plus prononcée, tandis qu'un engouement transitoire pour les monnaies à hauts rendements avait affaibli la devise allemande par rapport à la peseta espagnole, à l'escudo portugais, à la lire italienne, au franc français et à la livre sterling. Mais, malgré des anticipations fortes de détente des taux d'intérêt allemands à court terme, le soufflé est vite retombé. Le deutsche mark a repris son ascendant sur les monnaies européennes, tandis que l'imbroglio budgétaire américain lui permettait de reconquérir le terrain perdu face au billet, pour se négocier hier autour de 1,4375. Malgré une hausse du chômage préoccupante outre-Rhin, à près de 10 % de la population active, malgré des prévisions de croissance anémique pour 1996, l'institut de conjoncture DIW pronostiquant une progression du PIB limitée à 1 %, malgré les déclarations du ministre des Finances de Bonn, Theo Waigel, estimant que la République fédérale avait dérogé aux critères de Maastricht dès 1995, l'histoire d'amour entre le marché des changes et le mark, qui malgré quelques tourments dure depuis trente-cinq ans, ne se dément pas. Pourtant, le deutsche mark est devenu dangereusement surévalué et même les plus hauts responsables de la Bundesbank s'en émeuvent depuis quelques mois. Tant que les risques inflationnistes nés de l'unification à parité entre les monnaies des parties occidentale et orientale du pays pesaient sur l'Allemagne, la gardienne de la stabilité des prix qu'est la Buba considérait le mark fort comme un rempart contre l'inflation importée. Elle avait alors accepté, voire même béni, les dévaluations sauvages des monnaies méditerranéennes et nordiques, sterling inclu, intervenues depuis l'automne 1992, ne sourcillant pas devant la descente aux enfers du dollar, tombé l'an dernier à un record historique de faiblesse de 1,3480 mark. Mais à l'époque, la reprise économique était au rendez-vous de l'histoire allemande, alors qu'aujourd'hui, elle pourrait bien être derrière elle, dans un contexte où l'inflation, durablement tombée en dessous de 2 %, semble être maîtrisée. L'indice pondéré de la Bundesbank par rapport aux dix-huit monnaies des principaux partenaires commerciaux de l'Allemagne affiche une progression de 6,3 % depuis la fin de 1993. En termes de parité de pouvoir d'achat, la théorie qui voudrait que sur longue période les taux de change soient déterminés par les différentiels cumulatifs de taux d'inflation entre les grands pays, le deutsche mark est actuellement surévalué de 25 % par rapport au dollar, retrouvant des niveaux jamais revus depuis le début des années 80, selon les calculs de la grande banque d'affaires Merrill Lynch. La BNP, qui effectue le même type de calcul dans sa publication trimestrielle à paraître,Regards sur le change, estime également cette surévaluation à 20 %, au plus haut depuis 1985. Les conséquences les plus flagrantes en sont une détérioration ininterrompue de la part de l'Allemagne dans les exportations mondiales et une très brutale accélération des sorties nettes de capitaux hors des frontières de la République fédérale. La Bundesbank dispose donc non seulement de raisons conjoncturelles, mais aussi de raisons structurelles pour poursuivre l'assouplissement de sa politique monétaire. Par une réduction de la rémunération qu'il offre, il va lui falloir tenter d'atténuer la séduction du deutsche mark, dont les conséquences sur l'économie deviennent un véritable fléau. Isabelle Croizard

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